Le vin, la robe et le jupon

Hors des sentiers battus
par Marc Chapleau, 18 déc 2015

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Est-ce qu’on est snob, quand on aime le vin ? Quand on s’entiche de lui, s’entend, au point d’en faire un passe-temps très sérieux, une occupation, voire parfois un métier?

Je crois, oui.

Notre comportement, chose certaine, est souvent affecté : mirer les verres au préalable pour s’assurer qu’ils sont propres, mettre le nez dedans pour débusquer d’éventuelles mauvaises odeurs — de linge à vaisselle ou de poussière, par exemple —, s’enquérir à l’avance du menu chez la personne qui nous invite pour apporter le vin en conséquence, débarquer chez ces gens avec une petite valise en plastique contenant nos six verres à dégustation…

Non, vraiment, à défaut d’être franchement prétentieux, convenons-en  : on peut être sérieusement maniérés.

Sauf que cela vaut aussi pour les amateurs de thé, qui mesurent la température de l’eau au degré près avant d’y tremper, juste ciel ! surtout pas une poche mais un infuseur, où les précieuses feuilles pourront gentiment barboter. Même chose pour les baristas et autres mordus de café. Ceux-là sont aux petits soins pour l’eau d’infusion, sa température, le nombre de kilos de pression appliqué à son Excellence le café dans une machine expresso, et ainsi de suite.

Ce n’est plus de l’amour dans ces cas-là, c’est de la rage !

Que penser, alors, pour revenir à nos moutons, du dernier opus du professeur de sommellerie Jacques Orhon, intitulé Le vin snob  — Propos décapants sur un milieu qui a tendance à se prendre au sérieux et tout juste paru aux Éditions de l’Homme.

En porte-à-faux 

Le vin snobD’abord ceci : la rhétorique de la couverture porte à faux. On ne trouvera pas là-dessous de propos « décapants » – ou alors peu. L’auteur n’a pas ce travers – ou cette aptitude – qui permet de vraiment tirer à boulets rouges sur quelqu’un ou quelque chose, d’être caustique et corrosif. Comme il le dit lui-même quelque part dans son bouquin, « Je suis, comme à l’habitude, de bonne humeur […] ».  Or Jacques Orhon, de fait, est un type gentil dans la vraie vie.

Par ailleurs, tout son dernier livre ne porte pas sur la question du snobisme dans le vin, loin de là. Si bien que le contenu aurait gagné à être recentré, resserré. En l’état, le lecteur est ballotté entre mille et une informations et conseils qui n’ont souvent qu’un lien ténu, indirect, avec le snobisme du vin. Alors qu’un tel sujet commandait un brûlot, un pamphlet incisif, pas 260 pages.

Cela dit, celui qui a formé plusieurs sommeliers connus (dont François Chartier et Élyse Lambert) peut tout de même avoir du mordant. Par exemple, quand il écorche le vin nature, qu’il fustige le prix du vin au restaurant, ou qu’il s’inscrit en faux contre le préjugé d’emblée favorable trop souvent consenti face aux vins québécois.

On tique, cependant, quand il dresse une liste de « Quelques magazines et leur échelle de notation ». Pour commencer il inclut dans le lot Exquis, avec lequel il dit avoir le plaisir de collaborer (sic) avant de souligner que cette publication n’a pas d’échelle de notation… Pourquoi l’avoir mise là, alors ?

Puis, quelques lignes plus bas, il mentionne le « très beau » magazine français Terre de Vins, « qui a pris sa place [dans le milieu du vin] avec aplomb ». Aussitôt après, Orhon souligne candidement : « Ma remarque est objective même si j’y collabore depuis mes débuts. »

L’intention est bonne, à l’évidence, sauf que le jupon n’en dépasse pas moins, un peu…

À boire, aubergiste !

C’est mon dernier texte de l’année. Cela vous fait une belle jambe, je sais ; mais je tenais à le dire pour me donner une contenance… et parce qu’il fallait bien que je trouve quelque chose, une introduction, pour passer sous vos yeux de la critique de livre aux suggestions de bons vins, ci-dessous. Pas de cachotterie, c’est dire, et pas l’ombre, pas un soupçon ni même un millilitre de prétention ou de snobisme là-dedans. La transparence dans son plus simple appareil…

Bernard Massard Cuvée de l’Écusson Brut (19,95 $) : Nez délicat, épicé, légèrement brioché ; bouche à l’avenant, à la fois rafraîchissante et tendue. Finale croquante, bien soutenue par l’acidité malgré la présence de résiduel. Très bon mousseux du Luxembourg, à bon prix qui plus est.

Léon Beyer Pinot Gris 2013 (21,80 $) : Beau nez typé et engageant, suivi de saveurs pleines et enveloppantes, relativement nerveuses. Le vin est par ailleurs quasi sec (4,7 g) et doté de profondeur. C’est du sérieux, et c’est savoureux.

Agnès Paquet Auxey-Duresses 2013 (31,50 $) : La cerise au nez et des notes de sucre candi, aussi. Derrière ça, de la cannelle, si bien que sur le plan aromatique, il y a là une certaine complexité. Caractère tendu et minéral en bouche. Au final, un bourgogne rouge avec de la personnalité, peu corsé et relativement acidulé, qui gagnerait aussi à reposer quelques années.

Bernard Massard Brut Cuvée De L'écusson Léon Beyer Pinot Gris 2013 Agnès Paquet Auxey Duresses 2013 Quinta Do Noval Maria Mansa 2010 Tintonegro Limestone Block 2012

Quinta Do Noval Maria Mansa 2010 (17,85 $) :  À prix raisonnable, un rouge portugais relativement évolué – c’est un 2010 – tout à fait convaincant, plein et corsé, avec un boisé prononcé mais en même temps il y a de la chair autour de l’os. Finale sur la cerise, et en fraîcheur.

Tinto Negro Limestone Block 2012 (19,75 $):  J’ai rarement goûté un aussi bon malbec argentin, à la fois puissant et rafraîchissant, et même plutôt fin. L’ensemble est par ailleurs à peine corsé, jamais, à l’aveugle, je n’aurais guessé Mendoza. À moins de 20 $, chapeau !

Mâcon-Villages Blason de Bourgogne 2014 : À 16,95 $, un bourgogne blanc très recommandable, à la fois assez riche et assez nerveux, avec une bonne acidité.

Cosme Palacio Reserva 2010 (28,65 $) : Très bon rioja reserva, avec du coffre, de la concentration et une bonne dose de tannins. De la profondeur, également.

Blason De Bourgogne Chardonnay Mâcon Villages 2014 Cosme Palacio Reserva 2010 Weingut Pittnauer Pitti 2013 J. L. Chave Sélection Offerus Saint Joseph 2012 Birichino Besson Grenache Vineyard Vigne Centenaire 2013

Pitti Pittnauer Burgenland 2013 (18,15 $) : Un juteux assemblage des cépages rouges autrichiens zweigelt et blaufränkisch, très coloré, violacé foncé, et pas tant expressif au nez qu’en bouche, où il explose. Beaucoup de gaz carbonique (on dirait presque un spritzer), beaucoup de fruit aussi, un caractère léger et très rafraîchissant malgré les 6 g de sucre résiduel que le vin contient.

Jean-Louis Chave Offerus Saint-Joseph 2012 (32,50 $) : La syrah du Rhône Nord bien typée, odeur florale et de bacon, pas très corsé en bouche, peut-être même un peu léger, mais une belle fraîcheur, un côté très digeste.

Grenache Besson Vieilles Vignes Birichino 2013 (24,80 $) : Un bon grenache californien, assez corsé, généreux, avec une bonne masse de fruit et une indiscutable fraîcheur. Très réussi ! Et à bon prix.

Voilà, je vous retrouve début janvier. Ne manquez pas d’abondamment puiser dans votre cellier, d’ici là. Les réjouissances sont faites pour ça !

 

Marc

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