Un peu, beaucoup, aveuglément…

Hors des sentiers battus
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Pas toujours facile, la vie d’un amateur de vin. Loin de moi l’idée de vous faire pleurer — nous demeurons, pour la plupart, de grands privilégiés, rien que de pouvoir nous offrir autant de bouteilles pas toujours exactement données. Mais n’empêche : nous nous retrouvons parfois dans des situations sinon compliquées, du moins plutôt délicates…

Exemple : gérer l’abondance.

Sans blague ! Je ne dis pas ça pour écoeurer. S’il y a une chose qui déplaît souverainement à quiconque s’intéresse de près au vin, c’est le gaspillage.

Comme c’est le cas parfois, mea culpa, quand on partage un bon repas avec une tablée d’amateurs…

Chacun a alors tellement le goût de faire découvrir telle ou telle chose aux autres, ou de les surprendre, que pour connaître le total de bouteilles ouvertes au cours de la même soirée, il s’agit de multiplier le nombre de convives par deux, par trois, voire par quatre…

Aïe !

Je ne compte ainsi plus les fois où de très bons vins sont passés à la trappe — ou tombés entre les craques du plancher, comme nous disons ici plus volontiers.

La faute à pas de chance, essentiellement. Parce qu’à trop vouloir embrasser, impossible d’y couper, on mal étreint…

Autrement dit, la surenchère fait en sorte qu’on ouvre des bouteilles à tout va, mais que l’on s’attarde et commente… souvent à peu près pas. Tout ce qui nous importe, tout ce qui nous allume, c’est d’ouvrir la prochaine pour maintenir le niveau d’adrénaline à son maximum.

Normal. L’amateur carbure à ça, les émotions fortes, la nouveauté.

LE CAS DE L’AVEUGLE

Et on n’a pas parlé encore DU sujet délicat entre tous : dans ces soupers-là, où on s’amuse tous à surenchérir, devrait-on servir les vins à l’aveugle ?

Hmm… c’est tentant !

On est comme des gamins, je vous le disais ; alors goûter à l’aveugle, entouré d’autres dégénérés comme nous, c’est la cerise sur le gâteau.

Mais pas parce que l’aveugle permet de goûter sans préjugé et que sans elle, il n’y a rien de vrai, et blablabla…

L’aveugle dans ce contexte, c’est le pied surtout parce qu’elle donne l’occasion de jouer, de s’amuser. Comme si on participait à un quiz et qu’on s’excitait à peser le plus rapidement possible sur le piton, persuadé d’avoir la bonne réponse.

Et le comble, c’est qu’on en rajoute toujours une couche : à tour de rôle, les amateurs réunis jouent au maître de cérémonie (à chaque fois que c’est le contenu de leur bouteille à eux, cachée, que les autres doivent deviner).

Bref on perd vite le contrôle. C’est le fun, je sais. Sauf qu’il y a du dommage collatéral, dans ces soirées abondamment arrosées. De beaux flacons perdus dans la cohue. Et aussi, parfois, des vins qui ne sont pas si percutants, au fond, mais auxquels on s’évertue à trouver des qualités parce qu’il s’agit, en principe, de grands crus…

Ah ah ! direz-vous. Justement, déguster à l’aveugle permet d’éviter ce genre de situation.

Pas toujours.

Même qu’il est très rare qu’un grand vin paraisse à son avantage servi à l’aveugle, laquelle aiguise et focalise le sens critique du dégustateur. Comme s’il goûtait dans un petit verre Inao, voire une minuscule copita à xérès. En cherchant la petite bête, en décortiquant le vin, en compartimentant à outrance ses impressions. Sans compter qu’il est souvent obnubilé par l’idée  de deviner ce que c’est. Autrement dit, il n’est pas nécessairement dans un grand état de réceptivité.

Déguster à l’aveugle, en ce sens, c’est le contraire de déguster l’esprit ouvert.

Mais là j’arrête car si je continue je tombe dans un guêpier et je me fais lapider…

~

À boire, aubergiste !

Trêve de métaphysique, voici ma sélection de bonnes bouteilles, pour la plupart récemment arrivées sur notre marché.

Vous les goûtez à bouteille découverte ou à l’aveugle, comme ça vous chante, l’important c’est de se régaler. 

Beaujolais Duboeuf 2015 — Un beaujolais rosé, c’est plutôt rare. Très pâle, à peine coloré, peu aromatique mais assez riche, ainsi que doté d’une bonne fraîcheur. Une belle bouteille ! Prix : 20 $

Domaine du Pégau Rosé 2015 — Un rosé costaud, puissant et un brin tannique, sec par ailleurs. L’étonnant, c’est qu’il ne fasse que 12,5 pour cent d’alcool. Par contre c’est convaincant, et plein d’allant.

Georges Duboeuf Beaujolais Rosé 2015 Domaine Du Pegau 2015 Ijalba Genoli Viura 2015 La Crema Chardonnay 2014

Ijalba Genoli Viura 2015 —  Un rioja blanc aux accents floraux, avec des notes beurrées également. En bouche, les saveurs sont assez riches, assez corsées, cependant qu’un reste de gaz carbonique avive l’ensemble. Finale sur les agrumes, et pas de sucre résiduel apparent. Bon rapport qualité-prix (15,55 $). À table, un bon compagnon pour les fruits de mer, crevettes, pétoncles, etc.

La Crema Chardonnay Sonoma Coast 2014 — On a rarement de vraies mauvaises surprises, avec les La Crema. Les blancs, et aussi les rouges, sont d’ordinaire généreux et assez rafraîchissants. Il y a du bois dans celui-ci, passablement, mais l’équilibre n’est pas vraiment en péril, on aime les notes fumées, c’est relativement digeste même si on aurait souhaité plus de nerf, plus d’acidité. Prix : 30,50 $

Château La Tour De L’évêque Blanc 2014 — Excellent côtes-de-provence blanc bio, issu d’un assemblage de rolle (76 %) et de sémillon. Richesse et fraîcheur, et une élégante texture, très suave. Finesse et autorité – et que du fruit et du terroir, pas de notes boisées. Prix (21 $) tout à fait mérité.

Au Bon Climat La Bauge Au-Dessus Pinot Noir 2011 — Excellent pinot noir de Californie (Santa Maria Valley), aux notes de rhubarbe typiques des pinots du Nouveau Monde mais avec, en prime, une indiscutable élégance, un côté épuré qui lui va comme un gant. Chapeau ! Prix : 50 $

Château La Tour De L'evêque 2014Au Bon Climat Pinot Noir "La Bauge Au Dessus" 2011Borsao Tres Picos Garnacha 2014Weingut Geyerhof Rosensteig Grüner Veltliner 2014

Borsao Tres Picos Garnacha 2014 — Coloré, concentré, vanillé, au fruité par ailleurs bien mûr, capiteux (15 pour cent d’alcool) mais néanmoins pourvu de fraîcheur. Pour mémoire : 100 pour cent grenache, et pratiquement pas de sucre résiduel. Dans le style costaud et exubérant, très bien fait. Prix : 21,95 $

Geyerhof Grüner Veltliner 2014 — Blanc bio autrichien à base de grüner veltliner, vif et minéral, avec une pointe fumée tant en bouche qu’au nez. Près de 5 g de résiduel mais il n’y paraît presque pas. Finale sur la lime, tout en fraîcheur. Prix : 24,30 $.

 

Marc

 

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