Les bons choix de Marc – novembre

Confession
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Il y a beaucoup de vignerons en ville, ces temps-ci. Il vient par exemple d’y avoir Montréal Passion Vin, un gros événement caritatif, puis ces jours-ci, jusqu’à samedi soir 21 heures, se tient La Grande Dégustation de Montréal – événement naguère connu sous l’appellation Salon des vins.

J’y serai bien sûr, à la Place Bonaventure ; dès demain jeudi et jusqu’à samedi en soirée – tantôt au stand de Chacun son Vin, tantôt dans les allées, à folâtrer. Comme vous, je vais découvrir à cette occasion un certain nombre de beaux vins. Et comme vous, je ne manquerai pas de saluer voire de fraterniser avec tel ou tel vigneron ou vigneronne, vu qu’il y en aura ici et là derrière les stands.

J’entretiens, cela dit, un rapport un peu spécial avec les producteurs de vin du monde entier. Je les respecte, je les admire même, parfois, mais jamais je n’ai été vraiment groupie – ou fan inconditionnel, si vous préférez.

C’est probablement ce qu’avait dû penser aussi, à l’époque, un certain vigneron italien, mécontent du traitement qu’on lui avait réservé dans un reportage du magazine Cellier première version. Fâché noir, l’individu, parce que j’avais mis l’accent sur un aspect de notre rencontre qu’il aurait préféré taire. Et il trouvait, dès lors, que je n’étais pas assez groupie à son goût…

Je n’ai encore jamais publiquement parlé de cet épisode. Ni ici, ni ailleurs.

En fait, si – du moins en partie.

J’avais effectivement raconté dans le magazine comment nous avions été froidement reçus par cet homme. Qu’il était arrivé en retard, mal luné, sans s’excuser, et qu’il avait bougonné quasi tout au long de l’entrevue.

Il s’est ensuite agi, pour nous, au retour, de restituer fidèlement les faits ainsi que l’ambiance. Après tout, nous étions les yeux et les oreilles de milliers de lecteurs qui vivaient l’aventure par procuration, à travers nos textes et nos photos.

Sauf que… le type en question, par agent interposé et une fois l’édition en question publiée, m’avait téléphoné chez moi, à la maison, un vendredi fin de journée, pour me passer un savon. En beau fusil il était, furax, furiosa.

Il n’avait jamais vu ça, un tel traitement, dans un magazine de vin. « Et je voyage à travers le monde et j’ai donné des centaines d’entrevues. Alors quand je lis ce que vous avez écrit, et venant d’un magazine comme Cellier, qui appartient à la SAQ, c’est le comble, vous ne pouvez tout simplement pas… »

Alors là, dottore, I’m sorry.

C’est justement parce que le Cellier était l’organe officiel de la Société qu’on a pu avoir les coudées aussi franches – et du reste merci à la SAQ, en passant, de nous avoir collectivement donné cette chance, durant six ou sept ans, jusqu’au changement de garde et de cap.

Pas de comptes à rendre à des annonceurs ou à quelque autre entité, pas trop de pommade non plus à passer : nous n’étions au fond redevables qu’aux consommateurs québécois, qu’aux lecteurs. Je pensais d’ailleurs surtout à eux, en préparant chaque édition. Tant pis si d’autres en ont pris ombrage.

J’ai recroisé voilà peu le vigneron qui m’aurait à l’époque volontiers crucifié. Le temps a bien fait les choses : on s’est parlé courtoisement, sans qu’il y ait d’étincelles, autour d’un verre de sa meilleure cuvée.

Le vin quand même, quel lubrifiant social !

À boire, aubergiste !

Un mot d’abord sur le Guide Hachette des vins 2016 (49,95 $), dont la toute dernière édition se distingue notamment par l’ajout, en tête de chapitres, de portraits de vignerons.

Le Guide Hachette s’avère surtout utile pour les agents promotionnels, les acheteurs de la SAQ et les amateurs prévoyant se rendre en France et avides de découvertes. Parce que la majorité des vins recensés, classés de « vin réussi » à « vin exceptionnel » et à « coup de coeur x, ne sont en effet pas offerts sur notre marché.

L’amateur de vins français gagnera toutefois à fureter dans les 1 300 quelque pages qui contiennent par ailleurs une foule d’informations sur les principaux vignobles.

Cela dit, comme dans beaucoup de guides, le fait que certains gros noms n’y soient pas ne signifie pas qu’ils ont raté l’examen d’entrée. À Sauternes par exemple, il serait étonnant que les châteaux Climens, Lafaurie-Peyraguey, Sigalas-Rabaud, Coutet et Yquem aient fait chou blanc. Vraisemblablement, ils n’ont tout simplement pas soumis leurs cuvées aux dégustateurs du Guide Hachette.

Bon. Maintenant, buvons.

Champagne Tribaut-Schloesser Blanc de Chardonnay – Un des bons champagnes à (relativement) bas prix – 38,50 $ – vendus à la SAQ, à la fois brioché et nerveux malgré le dosage à 11 grammes de sucre. Pas très long cependant, bien que l’ensemble demeure rafraîchissant et satisfaisant.

Fougeray de Beauclair Bourgogne rouge 2013 – Beau nez qui pinote, invitant, au fruité légèrement bonbon ainsi qu’avec des accents vanillés. Un rouge peu corsé, peu concentré mais relativement élégant, très bien travaillé. – 22,90 $

Domaine des Perdrix Bourgogne rouge 2013 – Un beau bourgogne d’entrée de gamme, épicé et relativement corsé, typé également, avec de la mâche – 27,40 $

Tribaut Schloesser Blanc de Chardonnay Brut Bourgogne Fougeray de Beauclair Rouge 2013 Domaine des Perdrix Bourgogne Pinot Noir 2013 Hugel Gentil 2014 Hugel Riesling 2013

Hugel Gentil 2014 – Toujours aussi impeccable, nerveux, pas trop sucré (moins de 4 g), fruité exubérant. Assemblage de différents cépages typiques de la région. À table, et tel que suggéré par saq.com, le compagnon tout trouvé pour les plats de fruits de mer par exemple aromatisés à la noix de coco ou à la mangue. – 17,95 $

Hugel Riesling 2013 – Toujours à moins de 20 $ et toujours aussi satisfaisant. Un peu moins de 5 g de sucre qu’on perçoit à peine, étant donné l’acidité et le caractère « pommé », quasi comme un cidre.

Anwilka Petit Frère 2012 – Une belle bouteille sud-africaine, principalement issue d’un assemblage de syrah (60 %) et de cabernet-sauvignon (30 %). Beaucoup de fruit, de corps aussi, des tannins ronds et de qualité, et une empreinte boisée bien intégrée. – 20 $

Vin de Constance 2009 – Grand vin, inutile de tourner autour du pot. Cent soixante-cinq grammes de sucre résiduel, mais aussi 8 g d’acidité. Résultat : un blanc liquoreux nerveux à base de muscat passerillé (séché sur pied) absolument dé-li-cieux. – 65,50 $

Anwilka Petit Frère 2012 Klein Constantia Vin de Constance 2009 Pascal Jolivet Pouilly Fumé 2014 Bailly Lapierre Pinot Noir Brut Crémant De Bourgogne Col D'orcia Brunello di Montalcino 2008

Pascal Jolivet Pouilly-Fumé 2014 – Une indéniable pureté de fruit, des saveurs bien nettes et bien ciselées, vives et tendues. Le sauvignon est notable, sans trop d’exubérance, et une pointe fumée vient assurer la typicité. Par ici les huîtres ! – 26,20 $

Bailly-Lapierre Crémant de Bourgogne Brut – L’un des meilleurs mousseux hors Champagne sur le marché. Légèrement brioché, beaucoup de fraîcheur, un dosage pas trop appuyé (11 g tout de même, mais il n’y paraît presque pas). – 24,95 $

Col d’Orcia Brunello-di-Montalcino 2008 – Excellent rouge toscan à base de sangiovese (appelé brunello, localement), serré et minéral, à peine corsé par ailleurs et d’une indiscutable élégance. Persistance notable. – 47 $

Santé !

Marc

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