Le vin patriotique

Hors des sentiers battus
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Parlons un peu de vin québécois, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Le sujet qui tue… Bon, d’accord, peut-être pas à ce point, mais chose certaine la question divise bel et bien.

Notamment, la confrérie des chroniqueurs de vin. En gros, il y a deux clans : ceux qui souhaitent encourager la production locale, et ceux qui veulent la même chose, mais en jugeant par ailleurs les vins du Québec dans l’absolu, sans complaisance et sans préjugé, par souci d’impartialité. Je me range dans ce dernier camp.

Voilà quelques semaines, l’émission L’Épicerie a diffusé un reportage dans lequel on s’indignait du fait qu’on trouve sur la carte de nos restaurants tout plein de bons produits locaux, de l’agneau de Charlevoix entre autres, de superbes fromages aussi, mais, en revanche, très peu de vins du terroir.

Or, c’est là comparer des pommes avec des oranges. Dans la mesure où nos vins, tout meilleurs soient-ils dans l’ensemble depuis quelque temps, ne sont pour l’instant généralement pas du même calibre que bien des vins élaborés ailleurs sur la planète, et notamment en Europe. Alors que nos fromages, par exemple, rivalisent qualitativement avec ceux produits dans l’Hexagone — comme l’avait montré à l’époque un de nos tests à l’aveugle publié dans le magazine Cellier.

Autrement dit, comment en vouloir aux restaurateurs ou à leurs sommeliers, qui hésitent à inscrire beaucoup de vins québécois sur leur carte ?

À moins, bien sûr, de faire entrer en ligne de compte la question de l’allégeance au drapeau…

Cela me rappelle cet épisode, du temps que j’étais rédacteur en chef de Cellier, où un vigneron québécois aujourd’hui très en vue avait manoeuvré pour me rencontrer en privé (je n’ai su qu’à la toute dernière minute, en entrant dans un bureau, que j’avais en fait rendez-vous avec lui) et à l’insu également de la SAQ. Son objectif avoué : me faire savoir qu’il était mécontent du traitement réservé à la production vinicole locale par mes confrères et consoeurs. Pas juste dans le magazine du monopole, mais également dans la presse québécoise dans son ensemble.

Jack of all trades, master of some ? 

Souvent, les vignobles québécois commercialisent une pléthore de produits, jusqu’à 10 voire 15 étiquettes différentes. Du sec, du demi-sec, du rouge, du blanc, du rosé, du fortifié, du mousseux, du vin apéritif, de la mistelle, du vin de glace, des vendanges tardives et aussi, cela se voit de plus en plus, s’ajoute à cela du cidre – de glace, tranquille, mousseux, sec, demi-sec…

Il y a 20 ans, on disait que c’était normal, que l’industrie, naissante, se cherchait, et que les vignerons, alors souvent nés de la dernière pluie, tentaient toutes sortes d’expériences. Or aujourd’hui, avec ce que l’on sait de notre climat, avec les cépages hybrides développés à l’université du Minnesota qui font fureur (notamment les marquette et frontenac) et qui semblent indiquer la voie, on ne sait trop que penser de cet éparpillement qui perdure.

Mais, cela dit, le problème le plus criant du vin québécois, c’est peut-être son rapport qualité-prix. Quand on peut trouver sur le marché des rouges du Languedoc ou du Chili à seulement 11 ou 12 $, bourrés de fruit et à l’acidité relativement basse, difficile, à moins bien sûr de faire jouer la fibre patriotique, de préférer les vins issus de notre cher terroir.

Certes, de plus en plus de bons vins d’ici se frayent un chemin jusqu’à nous. Mais comme le nombre de vignobles a par ailleurs explosé — cultiver la vigne étant le fantasme de l’heure chez les gentlemans-farmers —, il se fait encore beaucoup de cuvées approximatives, manquant de fraîcheur, de netteté, trop boisées aussi. Si bien qu’on tombe encore sur des vins franchement mauvais, au goût bizarre — comme je l’ai constaté à Magog, la semaine dernière, durant la Fête des vendanges. Alors qu’ailleurs dans le monde, cela n’arrive plus que très rarement voire à peu près jamais, la production est pour ainsi dire plus homogène.

Les choses vont peut-être changer, notamment avec le réchauffement climatique et ces cépages nobles (chardonnay, merlot, pinot noir, riesling, etc.) que plus d’un vignoble s’emploient aujourd’hui à cultiver. Si bien qu’on pourra possiblement un jour tirer notre épingle du jeu, à une assez vaste échelle, année après année.

Ce dont je serais le premier, n’en doutez pas, à me féliciter.

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À boire, aubergiste !

Château de Cartes Pommenbulles 2015 : Ça commence bien, un cidre… Ce vignoble établi à Dunham et au nom déconcertant donne en effet et dans le raisin, et dans la pomme. Avec bonheur, à en juger notamment par ce cidre mousseux titrant 9 pour cent d’alcool et élaboré en cuve close avec notamment un soupçon de houblon Cascade. Résultat : grande fraîcheur, une belle texture et des airs de cidre bouché breton. Commode format 500 ml, à prix doux.

Château de Cartes Mousseux Rosé 2015 : Le mousseux, l’avenir du vin québécois ? Plusieurs le croient, étant donné l’acidité naturelle élevée de nos cuvées, comme en Champagne. Celui-ci, élaboré à partir du cépage sainte-croix, est tout en fraîcheur, peu dosé (7 g de sucre), bien fruité, aux saveurs vives et même assez profondes.

Château de Cartes Pommenbulles 2015 Château de Cartes Vin Mousseux Rosé 2015 Entre Pierre et Terre Poiré de Glace 2013 Entre Pierre et Terre, Cidre Mousseux Rosé Aromatisé

Entre Pierre et Terre Poiré de Glace 2013 : Étonnant ! Une sorte de croisement entre un cidre de glace et une Poire William. De la fraîcheur (l’acidité), pas trop de sucre – bien que ce soit franchement liquoreux – et une délicieuse note de caramel en finale. Prix — moins de 20 $ les 200 ml — mérité !

Entre Pierre et Terre Cidre Mousseux rosé à la canneberge : Odeur de pomme à la cannelle, de compote presque, de camphre aussi, cependant que la canneberge est plus apparente en bouche. L’ensemble est plutôt sec, bien vif, et l’amertume est bien présente. Taux d’alcool : 8 pour cent 

Coteau Rougemont Versant Rouge 2015 : Très bon rouge québécois, à la fois frais et ample, et aux tonalités épicées. Pour mémoire : assemblage de frontenac noir (80 pour cent) et de marquette. Prix attractif, autour de 15 dollars. 

Côteau Rougemont Versant Rouge 2015 Vignoble de l'Orpailleur Natashquan 2013 Vignoble Gagliano Trinita 2015

L’Orpailleur Cuvée Natashquan 2013 : Un blanc boisé, mais avec la concentration nécessaire à l’arrière, et donc passablement de fruit. Caractère assez nerveux (l’acidité) en dépit de la présence d’un peu de sucre résiduel, une belle texture enveloppée (en raison d’un bâtonnage, possiblement), et une finale sur la salinité.

Trinita 2015 Vignoble Gagliano : Celui-ci n’est pas vendu à la SAQ, il faut sauf erreur aller au domaine, à Dunham, pour s’en procurer. Il s’agit d’un rouge de type amarone, assez corsé et relativement complexe, et doté par ailleurs d’une étonnante fraîcheur. Prix : autour de 30 $.

Marc

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