Les bons choix de Nadia – Sept 2016

Pousser le bouchon (un peu trop loin)

Nadia Fournier

Nadia Fournier

Plein de belles recommandations de vin pour vous cette semaine, mais d’abord… parlons bouchon.

C’est grâce à lui et à son élasticité naturelle si des grands vins, par exemple du Médoc, de la Côte d’Or, du Piémont, de la Rioja, du Douro débordent encore de santé, même après 30 ans de vieillissement. Le son qu’il produit à l’ouverture de la bouteille est aussi une source d’enchantement pour nombre de romantiques du bouchon. Pour autant que de tels gens existent…

Sauf que le bouchon de liège est aussi une source constante de maux de tête, pour le vigneron comme pour le consommateur. Si vous buvez du vin régulièrement, vous avez certainement déjà vu au moins une fois vos espoirs de savourer LA bonne bouteille longuement mûrie anéantis par la senteur infecte d’un vin bouchonné.

On reconnaît celui-ci à sa désagréable senteur de moisi. Aucun vin n’est à l’abri, même les plus chers. On estime actuellement qu’entre trois et quatre bouteilles sur 100 risquent d’être atteintes.

2,4,6-trichloro-anisole

Le coupable? Le 2,4,6-trichloro-anisole (TCA), dans environ 95 % des cas. Des travaux menés en 1981 par le Suisse Hans Tanner ont montré que cette molécule était le fruit de la rencontre entre des moisissures présentes dans l’écorce du chêne liège et des composants chlorés.

Suite à cette découverte, on a eu vite fait de pointer du doigt l’emploi du chlore dans le lessivage des bouchons. Les Portugais, chefs de file mondiaux de la production de chêne-liège, ont alors remplacé le chlore par du peroxyde d’hydrogène, sans toutefois parvenir à éradiquer le TCA.

C’est que le problème est beaucoup plus complexe qu’il en a l’air. Et le nettoyage de l’écorce du liège n’est pas l’unique responsable de la présence de chlore, qui peut aussi provenir de résidus des traitements insecticides ou, plus inquiétant, de l’air.

Après trois siècles de bons et loyaux service, le bouchon de liège devrait-il donc être mis au rancart?

Probablement pas, mais j’avoue que dans plus de la moitié des cas, je ne serais pas fâchée de le voir remplacé par une capsule vissée. Sans doute parce que je baigne dedans jusqu’au cou en ce moment, avec le chantier du Guide du vin 2017; que chaque bouteille bouchonnée est ainsi un irritant dont je me priverais bien.

Des vertes et des pas mûres…

Loin de moi l’idée de me plaindre, mais… je me permettrai un léger coup de gueule pour conclure.

Comme je l’écrivais plus haut, on estime à environ 3,5 % la proportion de bouteilles bouchonnées. Ça, ce sont les statistiques officielles. Selon mon expérience, on est plus près de 2 %, voire moins. Chaque été, je reçois plus ou moins 2 000 échantillons aux fins du guide. Et j’ai, en moyenne, une trentaine de ces bouteilles à aller échanger à la SAQ. Faites le calcul : cela donne autour de 1,5 pour cent de vins bouchonnés.

Les employés des succursales que je fréquente me connaissent et sont bien au fait du nombre de bouteilles qui transitent par la maison. Par contre, si par malheur je dois m’aventurer incognito dans une nouvelle succursale, je me heurte presque une fois sur deux à un interrogatoire: « Vous êtes vraiment sûre qu’il est bouchonné? Vraiment?! ».

Mieux, à une série de sous-entendus et autres affirmations au goût douteux: « ouin, ça fait beaucoup (4) de bouteilles bouchonnées… Vous buvez beaucoup, Madame! J’espère que vous buvez pas ça toute seule »

Mais mes préférés, ce sont les employés, caissiers-vendeur, rappelons-le, qui mettent ma parole en doute après avoir seulement senti le goulot de la bouteille. J’éclate de rire (en mon for intérieur) à chaque fois.

Je le répète, loin de moi l’idée de me plaindre. Chaque travail comporte sa dose d’irritants. Sauf que dans pareille situation, je ne peux m’empêcher de penser à l’amateur qui n’a peut-être pas la confiance du professionnel ni ses capacités à reconnaître les défauts. Je l’imagine, avec ses doutes et sa bouteille défectueuse, pendant qu’un caissier-vendeur met en doute ses aptitudes – ou son honnêteté, c’est selon.

Bien franchement, à sa place, je serais tentée de tourner le dos au bouchon de liège, une fois pour toutes. Mieux vaut ça, parce que tourner le dos à un monopole…

À boire!

Château Cambon, Beaujolais 2015D’un vignoble situé entre les crus de Morgon et de Fleurie, au cœur de la zone des crus, un très bon beaujolais ample et juteux à souhait qui déploie une matière fruitée irrésistible. (23,15 $)

François Villard, St-Péray 2014, VersionFrançois Villard ne recherche pas la concentration en sucre, mais il récolte à parfaite maturité, parce qu’il constate que les composants minéraux s’acquièrent en fin de la saison végétative. On a envie de saluer sa sagesse quand on goûte cet excellent vin de St-Péray. L’exemple même du bon vin blanc de texture, à servir frais, autour de 10-12°C. (33,50 $)

Château Cambon Beaujolais 2015François Villard Version 2014 François Villard Reflet 2013 Sablet Cuvée Clémence 2014

François Villard, Saint-Joseph 2013, Reflet – Le Saint-Joseph de Villard est tout aussi délicieux et exprime toute la richesse, la chair et la vivacité de la syrah. Une couleur riche et un nez très fruité et délicatement poivré caractéristiques. Pas spécialement puissant, mais complexe, le vin se déploie en largeur autant qu’en longueur. Il sera intéressant de le laisser mûrir jusqu’en 2020-2021. (69 $)

Domaine de Boissan, Cuvée Clémence 2014, Côtes du Rhône-Villages SabletAssez typé des vins de Sablet: charnu, mais leste, coulant et facile à apprécier dès aujourd’hui. Le grain tannique est tendre, avec un léger rugueux qui lui donne du tonus. Bon rapport qualité-prix. (21,80 $)

Vignalta, Rosso Riserva 2010, Colli EuganeiCet assemblage de merlot et de cabernet sauvignon ne coûte peut-être que 23,45 $, mais sa stature est digne d’un vin plus ambitieux. Ouvert et à point, avec un nez appétissant de champignon et un grain tannique soyeux, mêlant poigne et souplesse. (24,30 $)

Marion, Valpolicella Superiore 2012Sur ce domaine de création récente, la famille Campedelli élabore un valpolicella hors-norme dont la concentration s’apparente à certains amarone. Vif et franc, beaucoup plus de caractère et de profondeur que la moyenne de l’appellation. Même avec ses 14 % d’alcool et la générosité d’un été chaud et sec, le 2012 est plein, sans être lourd et très agréable à table. (35,75 $)

Vignalta Colli Euganei Rosso Riserva 2010 Valpolicella Superiore Marion 2012 Monteti 2010 Queylus Cabernet Franc Merlot Reserve Du Domaine 2011

Monteti, Toscana 2010À vue de nez, on comprend qu’on a affaire à un vin sérieux. La bouche ne ment pas: complexe et multidimensionnelle, bien qu’un brin austère et sur la réserve. Ouvert, à point, très volubile et élégant. (41,25 $)

Domaine Queylus, Cabernet franc – Merlot 2011, Niagara Peninsula  – Fruit d’un millésime plutôt frais à Niagara, le 2011 déploie pourtant des parfums bien mûrs et repose sur des tanins ronds, quoique bien francs et vigoureux. Le vin, autant que le domaine, ont un bel avenir devant eux. (40 $)

Santé !

Nadia Fournier

 

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