Les bons choix de Marc – avril 2016

Les deux ténors
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Le petit monde québécois du vin a pour ainsi dire implosé, ces dernières semaines. Après le départ à la retraite de Claude Langlois, chroniqueur au Journal de Montréal, voilà en effet que notre doyen, Jacques Benoit, de La Presse, vient de tirer sa révérence.

Quand même : deux ténors pareils qui quittent la scène en même temps, après 30 ans de colorés et loyaux services, ça te chamboule une fosse d’orchestre !

Ne restent plus, parmi la plus ancienne garde et pour tenir le fort de la confrérie des scribes du vin, que Jean Aubry et l’auteur de ces lignes — ainsi notamment qu’un revenant, on peut dire ça, le Méchant Raisin Mathieu Turbide, qui n’a que 45 ans, dans ces eaux-là, mais qui roule sa bosse dans le vin depuis bientôt un quart de siècle.

Nous suivent de près, et aussi « expérimentés » que nous sinon plus : Véronique Rivest, Bill Zacharkiw, Nick Hamilton, Rémy Charest, Nicole Barrette-Ryan, Janine Saine et Marc André Gagnon — plus quelques autres que j’oublie et qui ne m’en voudront pas étant donné qu’ils n’ont peut-être pas envie d’être associés ici, publiquement, à ce cortège d’aînés…

Le saxo et le basson

Mais revenons à nos moutons. À ces diablotins qui viennent de retraiter. Claude, « parti » le premier, nous manque déjà et Jacques — ainsi que les sacres bien sentis qu’il lâchait de temps en temps —, ce ne sera pas long non plus qu’on va s’en ennuyer.

Cela dit, ils sont en quelque sorte aux antipodes (bien que bons copains dans la vie) : le chroniqueur de la Presse a toujours brillé dans nos dégustations de presse par son sens de la mesure et sa retenue, ainsi que sa grande rigueur ; tandis que l’homme du Journal de Montréal avait aussi un côté ardent et flamboyant, irrésistible quand il piquait une de ses fameuses colères…

Un saxophone alto, le Claude, tandis que Jacques, à la fois très calme et très fébrile, et qui ne pourrait vivre sans porto, est une sorte de basson, discret et plus réservé, mais dont on ne pouvait ignorer la présence.

La musique va continuer de résonner sans eux, c’est certain, d’autres chroniqueurs vont probablement ou leur ont déjà succédé, la vie est ainsi faite. Mais la couleur a changé.

On va faire avec la nouvelle donne, c’est obligé, on va même sûrement apprendre à l’apprécier, mais sans jamais oublier ce que ces deux-là auront apporté. Tant à nous, du milieu du vin, qu’au public, qui les suivait religieusement par milliers.

Merci, les gars !

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À boire, aubergiste !

Avant de commencer à brailler, buvons. Tant de verres pour les hommes, et bien évidemment un peu moins pour les femmes, on sait tous, n’est-ce pas, ce que les grands prêtres du bien boire prescrivent.

J’ai essayé d’aligner mes suggestions de la semaine avec nos deux joyeux retraités, connaissant leurs goûts pour ceci et cela. Quoi qu’il en soit, tout est bon, parole !

Riesling Herrenweg 2014 Barmès Buecher : Un blanc alsacien vif et typé, pratiquement sec (4,5 g de résiduel) et avec une belle pureté de fruit ainsi qu’une texture suave. Excellent ! (27,15 $)

Champagne Ayala Brut Majeur : Toujours aussi bon, légèrement brioché, rafraîchissant, élégant, dosé à 9 grammes. (56,25 $)

Domaine Barmès Buecher Herrenweg Riesling 2014 Ayala Brut Majeur Champagne Domaine De Beaurenard Chateauneuf Du Pape 2012 Domaine De Beaurenard Châteauneuf Du Pape Blanc 2014

Châteauneuf-du-Pape 2012 Domaine de Beaurenard : Excellent châteauneuf, épicé, à peine corsé, rehaussé par une pointe d’acidité volatile, bien fruité (la confiture de cassis), par ailleurs souple et pas trop capiteux. (47,75 $)

Châteauneuf-du-Pape blanc 2014 Domaine de Beaurenard : Quel beau blanc, n’est-ce pas Jacques Benoit ? Fin et floral, bien nerveux (l’acidité), cependant que l’ensemble est corsé et légèrement capiteux. Un vin pour la table, avec une poêlée de pétoncles par exemple. (44,50 $)

Les Jardins de Bouscassé 2011 Pacherenc-du-vic-bilh sec : À ce prix, 17,80 $, une aubaine ! Un blanc du sud-ouest de la France riche et généreux, aux notes miellées et fumées dénotant une certaine évolution. À table, sur une brochette de fruits de mer, ou sur des crevettes avec une sauce au cari, ce sera très bon.

Alain Brumont Les Jardins De Boucassé 2011 Brumont Torus Madiran 2011 Cusumano Benuara 2014 Hecht & Bannier Bandol 2011

Torus 2011 Madiran Alain Brumont : Le vigneron Alain Brumont se tient lui-même en très haute estime, et il n’a peut-être pas tort… Chose certaine, c’est une sorte de magicien, capable de concocter de « petits » vins, comme le Torus, qui goûtent bon tout en faisant preuve de fraîcheur. En l’occurrence, un rouge à la fois friand et tannique, un peu plus que moyennement corsé… et très ok même si pas compliqué. (16,95 $)

Cusumano Benuara 2014 Sicile : Un savoureux assemblage de nero d’avola (70 pour cent) et de syrah, généreux, presque capiteux (14,5 % d’alcool) mais la fraîcheur est là, ainsi que la concentration. À table, sur de l’agneau, sans hésiter. (19,55 $)

Hecht & Bannier Bandol 2011 : Un bandol déjà accessible, pas trop animal, pas trop mal typé mourvèdre c’est dire, riche et corsé mais aux tannins bien présents et bien serrés. En finale, assez persistante par ailleurs, un goût de prune bien mûre et de réglisse se fait sentir. Impeccable ! À table : sur un confit de canard ou un magret aux champignons. (33 $)

 

Marc

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