Le bio, des salons à la maison

Soif d’ailleurs avec Nadia

Nadia Fournier

Nadia Fournier

Millésime Bio, le plus important salon de vin biologique au monde, se déroulait cette semaine à Montpellier, dans le sud de la France. Ce weekend, ce sera au tour de la Loire d’accueillir pas moins de cinq salons, tous dédiés aux vins naturels.

Selon des données recueillies par Eurostat, l’Espagne, la France et l’Italie seraient la source d’un peu moins des trois quarts de la production mondiale de vins biologiques. Le vignoble d’Espagne sort grand vainqueur en matière de conversion, la superficie du vignoble espagnol cultivé de manière biologique ayant fait un bond spectaculaire de 2002 à 2011, passant de 16 000 hectares (ha) à près de 80 000 ha. Pendant cette même période, la portion du vignoble français en agriculture biologique 15 000 ha à 61 000 ha, un peu devant l’Italie, qui se situe à 53 000 ha.

Souvent montrée du doigt pour son impact néfaste sur l’environnement, la filière viticole européenne avait tout lieu de repenser la gestion de ses matières premières : la vigne et les sols. Depuis l’avènement des désherbants, à la fin des années 1950, puis des pesticides, fongicides et engrais chimiques, la vie microbienne des sols a été complètement sacrifiée dans plusieurs régions européennes.

Ce n’est pas un hasard si, conscients des dérives qui les guettaient, plusieurs vignerons d’appellations prestigieuses ont converti leur domaine à l’agriculture biologique ou à la biodynamie, système de production agricole qui vise à « conjuguer les éléments de la terre et du ciel, au lien qui unit la nature du sol et le climat ».

Parmi les vignerons plus célèbres, citons les Bourguignons Dominique Lafon, la regrettée Anne-Claude Leflaive, Lalou Bize-Leroy et Aubert de Villaine – tous deux co-propriétaires du Domaine de la Romanée Conti – et le Ligérien Nicolas Joly. Même Bordeaux commence à se convertir. Alfred Tesseron, qui avait « tracé la voie » dès 2005 au Château Pontet-Canet, a été rejoint l’année dernière par un autre illustre domaine de Pauillac, Château Latour, qui a annoncé ses intentions de convertir l’ensemble du vignoble de L’Enclos à l’agriculture biologique, puis biodynamique.

Ces vins, qu’ils soient biologiques ou issus de la biodynamie, sont-ils meilleurs pour autant ? Pas toujours. Je dirais seulement que derrière un vin qui me fait vibrer, parce que plus singulier que la moyenne et empreint d’un caractère affirmé, je découvre souvent une vigneronne ou un vigneron rigoureux, qui a à cœur la santé de ses vignes et de ses sols et qui pratique une agriculture respectueuse de l’environnement.

En voici une dizaine de beaux exemples, tous disponibles – sauf un – à la SAQ.

Douce, douce Loire 

Les vins de Cour-Cheverny – une minuscule appellation qui s’étend à peine sur 50 hectares au nord-est de la Touraine – ne sont pas légion à la SAQ. Les inconditionnels du cépage romorantin peuvent donc se réjouir de l’arrivée sur le marché en fin d’année 2015 de l’excellent Cour-Cheverny 2009, François Ier. Issu de l’agriculture biologique, le 2009 est très sec, presque tannique tant l’acidité joue un rôle structurant et joliment parfumé. Impeccable ! (24,70 $)

Au Clos de la Briderie, l’agriculture biologique est plutôt mise au service des cépages côt, cabernet franc et gamay noir. Pour le prix, le Touraine-Mesland 2013 s’avère un très bon vin rouge, guilleret et suffisamment charnu. Ne serait-ce que pour sa constance, il mérite une mention spéciale. (18,60 $)

Si vous aimez le pinot noir dans son expression la plus fraîche et septentrionale, vous serez vite séduit le Menetou-Salon 2013 de Philippe Gilbert. Ancien dramaturge, il a repris le domaine familial en 1998 et l’a ensuite converti à la culture biologique, puis biodynamique. (29,65 $)

Domaine Des Huards François 1er 2009 Clos De La Briderie Rouge 2013 Domaine Philippe Gilbert Menetou Salon 2013 Domaine Vincent Carême Vouvray 2014 Domaine de l'Ecu Granite 2013

À l’opposé des chenins opulents produits dans le vignoble d’Anjou, Vincent Carême signe des vins ultra-secs et d’une pureté exemplaire, qui misent davantage sur la structure et sur la garde que sur le plaisir fruité facile et immédiat. Son Vouvray sec 2014 présente une acidité mordante qui déstabilisera peut-être les palais non initiés à un chenin blanc si pur, dépourvu d’artifice. Vibrant, complexe et apte à se bonifier d’ici 2020. (26,10 $)

Maintenant essentiellement géré par son associé, Frédéric Niger Van Herck, le Domaine de l’Écu demeure une des références du Muscadet. Évoluant à contre-courant, Guy Bossard a converti le domaine familial à l’agriculture biologique dès 1975, puis à la biodynamie en 1997. Si le muscadet vous laisse souvent sur votre soif, il vous faut goûter l’Expression de Granite 2013, qui donne tout son sens au terme minéralité. (22,30 $)

Accents du sud 

Château Coupe Roses Les Plots 2014 Le Loup Blanc Le Regal Minervois 2013 Domaine De L'ancienne Cure Jour De Fruit Bergerac Sec 2014À Bergerac, le Domaine de L’ancienne Cure, produit un très bon vin blanc sec essentiellement composé de sauvignon blanc, arrondi par une proportion notable (30 %) de sémillon. Très sec et doté d’une tenue en bouche appréciable, le Jour de Fruit 2014 est juste assez parfumé et étonnamment original, pour un sauvignon. À ce prix, on achète sans hésiter. (17,10 $)

Le vignoble des Montréalais Alain Rochard et Laurent Farre est certifié biologique depuis 2007. Les vins de leur Vignoble du Loup Blanc, à Minervois offrent généralement un bon rapport qualité-prix-plaisir. C’est le cas de la cuvée Le Régal 2013, généreux, mais doté d’une agréable fraîcheur aromatique. (19,85 $)

Toujours à Minervois, la cuvée Les Plots 2014 du Château Coupe Roses mérite une excellente note, ne serait-ce que pour sa constance au fil des ans. Solide, charnu et gourmand, le 2014 déploie en bouche des couches de saveurs de fruits et d’herbes séchées qui rappelle la garrigue environnante. (21,45 $)

Du bout du monde, jusqu’ici

Négondos Saint Vincent 2013 Tetramythos Kalavryta 2014 Cono Sur Cabernet Sauvignon Carmenère 2014Chaque année, ce vin issu de l’agriculture biologique gagne en précision. Plutôt que de miser sur la puissance, Cono Sur a fait le pari de la vitalité pour son Cabernet sauvignon – Carmenère, Organic. Une bonne idée, surtout dans une année plus chaude, comme l’a été 2014. Impeccable pour le prix! (16,45 $)

Tout aussi abordable, mais dans un style complètement différent, le Noir de Kalavryta 2014 du Domaine Tetramythos, dans le Péloponnèse, a presque des allures de gamay du nord du Beaujolais, avec ses saveurs fruitées pures et ses accents poivrés. Un régal! (16,60 $)

Enfin, comment ne pas souligner encore une fois la qualité du Saint-Vincent 2013, un vin blanc sec absolument savoureux, produit dans les Basses-Laurentides au Vignoble des Négondos, premier domaine biologique à avoir vu le jour au Québec. (En vente à la propriété; 17 $)

Santé!

Nadia Fournier

Agrobiologique / Biodynamiques

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