Les bons choix de Marc – décembre 2015

Champagne !
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

J’ai mis un certain temps à aimer les bulles — le mousseux, s’entend. Je suis pourtant très amateur de bière, et donc l’effervescence ne m’a jamais fait peur. Difficile de dire pourquoi…

Peut-être le snobisme associé au produit rebutait-il le rebelle que j’ai longtemps été, alors que je suis aujourd’hui doux comme un agneau – trop, d’ailleurs, il me semble que je devrais sortir les dents plus souvent, que ça devrait décoiffer de temps en temps. Autrement, on connaît la chanson, la vie est un long fleuve tranquille, tout en salamalecs et en tapes dans le dos…

Pardonnez la digression. Ce long préambule pour vous dire, au fond, que je carbure à la mousse vineuse depuis plusieurs années, maintenant. Disons en gros à raison d’une bouteille par semaine. Pas vraiment plus : malgré tout ce qu’on peut entendre, le mousseux demeure un vin d’exception, qui connote sinon la fête ou une promotion, du moins un moment spécial, une occasion. À table, en mangeant, avec le plat principal, ça peut toujours aller, mais c’est une fausse bonne idée. Les bulles se mettent pour ainsi dire sur notre chemin, elles gênent. Mieux vaut alors boire du vin tranquille – blanc, rosé ou rouge, tout dépendant.

LES PENDULES À L’HEURE

Autre idée parfois reçue : les crémants, cavas, franciacortas (mais pas les généralement ennuyants proseccos) seraient aussi bons que les « vrais » champagnes, qui plus est pour une fraction du prix.

Faux ! Le champagne demeure le roi du vin effervescent.

Bien sûr, il peut arriver, si on met par exemple côte à côte un champagne basique très bon marché et un excellent mousseux produit hors de la nébuleuse Reims-Épernay, que ce dernier chauffe les fesses du « grand
vin » et soit même carrément meilleur. Mais cela demeure l’exception.

À preuve, ce grand match comparatif conduit voilà quelques années par notre magazine Cellier. L’exercice mettait aux prises, à l’aveugle, 15 champagnes et 15 mousseux, servis dans le désordre. Comme juges, le gratin des connaisseurs québécois, chroniqueurs et sommeliers confondus. Résultat : le champagne a accaparé 14 des 15 premières places !

Par contre, si on fait entrer dans l’équation la notion de rapport qualité-prix, la donne change, comme de raison.

Et aussi, bien évidemment, un bon mousseux, disons un crémant, vendu deux à trois fois moins cher qu’un champagne de marque n’est pas deux à trois fois moins bon.

QUAND MÊME TRIPPANT, UNE PORSCHE

Mais c’est comme pour les voitures. Vous ne ferez pas la route Montréal-Québec deux fois plus vite en Porsche Panamera qu’en Toyota Corolla ; par contre, le trajet semblera bel et bien deux fois moins long, entouré de luxe et de volupté…

Moralité : buvez du crémant, du cava ou du franciacorta en ne manquant pas de vous réjouir, de trinquer et de festoyer. Il y en a d’excellents. Mais buvez du champagne si, pour quelque raison que ce soit, vous avez envie d’en jeter un peu, de marquer le coup, de plastronner. On a bien le droit de s’amuser, non ?

Ah, et aussi : ça vaut d’autant la peine d’opter pour un champ’ qu’il est pratiquement assuré, comme on le disait, que ce sera meilleur…

À boire, aubergiste !

Encore faut-il avoir les moyens de s’offrir the crème de la crème… Quoique tout est question de priorités ; il y a, en principe, quasi toujours moyen de moyenner.

Mais bon, vous faites comme vous voulez, je ne vais pas m’ériger ici en juge ni en gardien de la moralité.

Voici donc, à divers prix, une sélection de très bons mousseux et de très bons champagnes à acheter à l’avance en prévision des Fêtes, ou pour donner en cadeau.

MOUSSEUX

Ca’ del Bosco Franciacorta 2012 (40,75 $) : Assemblage à base de chardonnay (75 %), pinot noir (15 %) et pinot blanc (10 %). Beau nez délicatement brioché et avec de la profondeur. La bouche suit, on a affaire pas tout à fait à un brut, dirait-on, sauf que vérification faite sur saq.com, le vin n’a que 7 g de résiduel. Autrement, l’ensemble est tendu, bien goûteux, savoureux.

Raventos y Blanc de Nit 2013 (24,80 $) : Un mousseux espagnol (un
« cava ») rosé pratiquement sec – moins de 6 g –, et à l’acidité marquée. Un peu austère, dans l’ensemble, mais très bien tourné et équilibré. La finale, notamment, est à la fois nette et tranchante.

Ca'del Bosco Cuvée Prestige Franciacorta 2012Raventos I Blanc De Nit Conca Del Riu Anoia 2013Château De Cartes Vin Mousseux Rosé 2014

Château de Cartes Mousseux rosé 2014 (30,25 $) : Nez de sucre candi et/ou de barbe à papa prononcé, bouche à l’avenant, sucrée mais relativement équilibrée. Mousseux québécois à base de sainte-croix (60 %) et de radisson. Pas donné, mais très bien fait et pas du tout rustique.

Antech Cuvée Expression Crémant de Limoux 2013 (19,90 $) : Encore une fois, sans surprise, l’un des très bons mousseux de France hors Champagne. Chardonnay à 70 % dans l’assemblage, corps moyen, vivacité, pas trop de sucre résiduel (9,6 g), une certaine élégance, même.

Antech Cuvée Expression Brut Crémant De Limoux 2013Laurens Clos Des Demoiselles Tête De Cuvée 2012Parés Baltà Blanca Cusiné Penedès 2009

Laurens Clos des Demoiselles Crémant de Limoux (23,90 $) : Très bon mousseux, concentré et savoureux, légèrement brioché aussi.

Parès Balta Blanca Cusiné Penedès (35 $ ) : Très bon mousseux catalan, issu d’un assemblage de chardonnay, aux deux tiers, complété par du pinot noir. Couleur jaune assez foncé, nez à peine brioché, citronné légèrement. En bouche, c’est ample et rafraîchissant, avec un côté glycériné qui donne à penser que le vin a été dosé alors qu’il s’agit d’un « zéro dosage ». On peut donc affirmer qu’il est bien sec. Prix mérité.

CHAMPAGNES

Paul Goerg Blanc de Blancs (45,75 $) : À part une légère impression de dilution, rien à redire sur ce champagne de cave coopérative d’une constance exemplaire, qui plaira à tout le monde, connaisseurs y compris – et sa savoureuse finale épicée y est pour quelque chose.

Lallier Grande Réserve Brut (48,50 $) : Dans un style racoleur et exubérant, un très bon champagne, à la fois savoureux et bien nerveux.

Canard-Duchêne Cuvée Léonie Brut (47,50 $) : Cinquante pour cent de pinot noir dans ce champagne de très bonne facture, épicé et vif, avec une certaine profondeur qui plus est. L’un des meilleurs rapports qualité-prix à la SAQ en ce moment.

Paul Goerg Blanc De BlancsLallier Grande Réserve BrutCanard Duchêne Cuvée Léonie BrutHenri Abelé BrutAyala Brut Majeur

Henri Abelé Brut (49,50 $) : Très bon champagne, tout en retenue, peu corsé et avec un délicieux caractère épicé. À moins de 50 $, tant mieux !

Ayala Brut Majeur (56,25 $) : Un Brut Majeur réussi, savoureux et nerveux, quoique peut-être pas avec l’éclat auquel nous a habitués la maison. Cela dit, l’ensemble est serré, la concentration est là, on ne reste pas du tout sur notre soif.

Ayala Majeur Rosé (60,50 $) : Très élégant, ce qui est la signature de la maison. Légèrement brioché au nez, un caractère épicé, de la tension tout du long. Excellent.

Pol Roger Brut Réserve (61.25 $) : Égal à lui-même, tout en retenue, plutôt élégant même, un caractère toasté, fumé, de la profondeur par ailleurs. On ne se trompe pas.

Ayala Rosé MajeurPol Roger Brut RéserveBollinger Special CuvéeHenriot Blanc De Blancs BrutRoederer Cristal Brut 2007

Bollinger Special Cuvée (69,25 $) : Un champagne d’entrée de gamme qui n’a rien d’ordinaire ou de « premier niveau ». Fin, nerveux, élancé, légèrement brioché ainsi que rancio, c’est-à-dire légèrement oxydatif, tout à fait dans le style de Bollinger [bo-lin-jé].

Henriot Blanc de Blancs Brut (78,75 $) : Excellent champagne, tendu et épicé, avec de la profondeur également. Finale délicatement briochée, convaincante.

Roederer Cristal Brut 2007 (295 $) : Évidemment, que c’est bon et que c’est savoureux. Cela dit, ce n’est pas très concentré, j’ai même senti – je m’excuse ! – un léger creux en mi-parcours, dans le mid-palate comme disent les Indonésiens, bien que cela demeure à la fois ample et d’une grande fraîcheur. Maintenant, le prix..

À bientôt !

Marc

P.-S. Dans mon prochain texte, je parlerai je pense bien de Jacques Orhon, le décapeur, qui veut nous faire croire, avec son dernier bouquin, que lui au moins n’a pas le vin snob…

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