La gazette du palais

Hors des sentiers battus18 sep 2015

par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Chronique en forme de gazette, cette semaine. Deux ou trois sujets dans le collimateur, envie de parler de ceci, d’écorcher cela, enfin, vous voyez le genre, mais on ne va pas se prendre la tête, promis, déjà assez de soucis comme ça, avec les élections, les migrants et le futur capitaine de la sainte bébelle.

Primo, je reviens sur le bouchon AntiOx. Après en avoir vanté les mérites au début de l’année, je persiste et signe, et deux fois plutôt qu’une. Je ne compte en effet plus le nombre de bouteilles entamées que j’ai rebouchées avec ce bouchon spécial et que j’ai ensuite exhumées du frigo plusieurs jours après, seulement pour découvrir, à de rares exceptions près, que le vin n’avait pratiquement pas bougé, il était encore bien fruité, bien en vie, et moi, bien content…

Parlant de gadget, en voici deux autres qui n’ont cependant jamais changé ma vie : le bidule pour simuler l’effet Venturi machin, qui soi-disant aère le vin au service, et le truc refroidisseur, le RAVI ça s’appelle, je crois. Remarquable invention, mais qui se sert de ça ? Dites-moi. Ça ne paraît pas, je viens d’opposer mon veto, mais je suis tout ouïe…

UN CHAMPAGNE BOUCHONNÉ

Je ne sais plus où j’ai lu ça. Le champagne, paraît-il, n’est que très rarement bouchonné.

Sauf que ça arrive de temps à autre. J’en ai d’ailleurs fait l’expérience, voilà peu.

La sonnette d’alarme avait pourtant retenti dès l’extraction (sobre, sans esbroufe) du liège – il faudra d’ailleurs un jour parler de cette grotesque mode du sabrage de bouteille. Mais bon, passons. Le bouchon en question : je l’ai senti, comme on doit toujours le faire (vous prenez des notes, j’espère) avec tout bouchon de liège qu’on vient de retirer d’une bouteille. Résultat : il sentait le liège un peu, alors qu’en temps normal, un bouchon sain ne sent rien, ou alors il sent un peu le vin.

Champagne Corks

Je nous sers tout de même une rasade en me disant que c’était moi qui parano-yeah sûrement, ça n’arrive à peu près jamais, et patati et patata. Sauf que non, putain, le nez dans le verre ce n’est pas brioché comme il fallait s’y attendre. Enfin si, un tout petit peu, mais à peine. Hmm… je ne suis vraiment pas rassuré. L’est bouchonné ou non ? Allez hop, on goûte. Et là… patatras !

Embêtant.

Pas le fait d’employer des expressions franchouillardes, qui picosse. Juste que quand t’ouvres une bout’ de champ’, le party est déjà à peu près pogné. Or t’as pas envie de rabattre la joie de tout le monde en t’écriant, genre, « Stop tout le monde ! Ce champagne XYZ est impropre à la consommation. Il y a tout lieu, j’en ai bien peur, de suspecter un goût de bouchon… »

Nan.

Tu laisses aller, d’autant que c’est plutôt malaisé à reconditionner et à retourner à la SAQ, une bouteille de vin effervescent.

SCORE, MAIS SCORE ÉGAL

Ce n’est pas le fait de noter les vins sur cent, qui m’embête – d’autant que j’utilise moi-même ce type d’échelle bourrée de défauts, comme tous les autres systèmes de notation, du reste.

Ce qui me fait suer, ces temps-ci, c’est plutôt l’avalanche en succursales de bouteilles affublées d’autocollants pour dire que le vin, dedans, a été coté 90 %, 91 % ou encore 93 % par tel magazine ou chroniqueur, très souvent états-unien.

James Cufflink, sors de ce corps !

L’ennui, c’est l’inflation dans les notes, l’enflure verbale, l’oedème cérébral même, dont semblent atteints certains.

L’autre problème, sinon le vrai problème, du moins le plus pernicieux, c’est que plusieurs commentateurs, et pas qu’aux States, écrivent d’abord pour faire plaisir au vigneron, au producteur ou à son représentant. D’où ces scores prodigieux aux allures complaisantes…

Chacun son métier.

À boire, aubergiste !

Voici mes suggestions de la semaine. Toutes n’ont pas décroché la lune, rapport aux pourcentages accordés, mais pour le prix, et compte tenu de la qualité, toutes constituent de pas mal bonnes affaires.

Caliterra Tributo 2014 – Très bon sauvignon blanc chilien, typé buis (l’arbuste odorant) sans excès, assez riche et pas très nerveux; n’empêche, la finale est agréablement salée et l’ensemble, bien équilibré. À moins de 17 $, bravo !

Pouilly-Fuissé Boisset 2014 – Excellent bourgogne blanc, citronné, finement boisé, nerveux, harmonieux. (23 $)

Caliterra Tributo Single Vineyard Sauvignon Blanc 2014 Jean Claude Boisset Pouilly Fuissé 2014 Adelsheim Pinot Noir 2012 Château de Marsannay Les Longeroies 2013

Pinot Noir Adelsheim 2012 – Très bon pinot de l’Oregon, pas très nerveux mais bien typé et bien concentré. Bénéficierait probablement d’une garde de deux ou trois ans, bien qu’il se boive déjà très bien. (32 $)

Marsannay Les Longeroies 2013 Château de Marsannay – Le fruit et la profondeur sont là, ainsi qu’une texture serrée. Déjà très bon, et le potentiel pour s’affiner sur quelques années (2018-2020) (43,75 $)

Minervois Le Régal 2012, Domaine Le loup blanc – Une petite bombe de fruit, assez corsée par ailleurs, bien tendue. Finale épicée. Un régal, vraiment ? Pas loin, effectivement ! (21,40 $)

Insoglio del Cinghiale 2013 Toscane – Très bon vin, charnu et plein, généreux même. L’empreinte boisée est marquée, mais bien intégrée. Savoureux ! (30,25 $)

Le Loup Blanc Le Regal Minervois 2012 Campo di Sasso Insoglio del Cinghiale 2013 Château Eugénie 2012 Francis Ford Coppola Director's Cut Zinfandel 2012

Cahors, Château Eugénie 2011 – À petit prix (15,95 $), un cahors très satisfaisant, déjà fondu et prêt à boire, rien de complexe ni de compliqué mais la matière est là, et ça goûte bon tout en étant conforme aux canons de l’appellation. (15,95 $)

Coppola Director’s Cut Zinfandel 2012 – Beaucoup de bois au nez, mais une solide masse de fruit en bouche (la cerise), ce « zin » est même rafraîchissant, enfin, façon de parler, ça demeure costaud mais avec du tonus. (29,95 $)

Bonne fin de semaine !

Marc

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