Soif d’ailleurs avec Nadia – Australie

La valeur du temps
par Nadia Fournier

Nadia Fournier - New - Cropped

Nadia Fournier

Il y a quelques mois, je participais à la 37e édition du International Wine Festival de Vancouver, dont l’Australie était le pays vedette. Au programme, plusieurs dégustations et séminaires portant sur les régionalismes viticoles, les nouvelles tendances, etc. Tous très instructifs à leur manière. La plupart révélateurs du potentiel – immense, mais encore insoupçonné, hélas! – de ce géant d’Océanie.

Un de mes moments forts de la semaine fut le séminaire « Decades Apart », une classe de maître qui jetait un regard très intéressant sur l’évolution de classiques australiens sur une période de plus ou moins dix ans. Dans le lot, rieslings d’Eden Valley (2004 et 2014), sémillons de la Hunter Valley (1996 et 2007); Penfolds Bin 389 (2002 et 2012) et shiraz de Coonawarra (1994 et 2010), entre autres.

Sortie de la salle en me trouvant bien bête – ou ignorante, c’est selon – de n’avoir pas plus de vins australiens dans ma cave, j’ai eu vite fait de corriger le tir dès mon retour au Québec. Enfin, j’ai bien essayé.

Parce que, loin de moins l’idée de taper encore sur la SAQ, mais il faut dire que l’offre de vins australiens sur les tablettes de notre monopole est plutôt décevante. Un seul sémillon de Hunter Valley au répertoire et très peu de rieslings d’Eden Valley ; quatre cabernets de Coonawarra, dont deux pratiquement disparus des tablettes, etc.

Cela dit, en cherchant bien, j’ai quand même réussi à dénicher quelques belles bouteilles pour garnir ma cave. Quelques valeurs sûres qui, j’en suis sûre, évolueront admirablement au fil des ans.

À commencer par le Bin 389, Cabernet – Shiraz 2012 (50,25 $), souvent désignée comme le « Baby Grange », tant par les inconditionnels de Penfolds que par les professionnels de l’industrie. Le 2012 n’a pourtant rien d’un prix de consolation. Équilibre impeccable entre les éléments. L’harmonie dans l’opulence. À laisser reposer aisément jusqu’en 2020. À noter qu’un 1998 dégusté il y a quelques mois était encore dans une forme resplendissante.

Penfolds Bin 389 Cabernet Shiraz 2012 Henschke Keyneton Euphonium 2009 D'arenberg The Dead Arm Shiraz 2010Tyrrell's Brookdale Semillon 2013Tyrrel's Brokenback Shiraz 2011

Un de mes collègues mélomanes a défini le Shiraz 2009, Keyneton Euphonium, Barossa (69 $) de Henschke comme un croisement entre un tuba et une trompette… Une image intéressante pour décrire ce vin intense et costaud, mais surtout très serré et doté d’une grande fraîcheur. À garder au moins de 5 à 10 ans en cave. Exclusivité SAQ Signature. 

Donnant encore davantage dans la puissance, le Shiraz 2010, The Dead Arm (51,50 $) de D’Arenberg est dessiné à gros traits pour le moment, mais son équilibre d’ensemble laisse présager un bel avenir.

Si les vacances estivales vous entraînent en Ontario, profitez-en pour mettre la main sur quelques bouteilles du sensationnel sémillon de la maison Tyrrell’s. Une référence en matière de sémillon de la Hunter dont j’ai pu à maintes reprise constater le grand potentiel de garde. Tout ça pour 25 $… 

Penfolds Grange 2009 Wynns Coonawarra Estate Black Label Cabernet Sauvignon 2012À défaut de sémillon, on pourra apprécier le profil plutôt classique du Shiraz 2011, Brokenback, Hunter Valley (25,40 $) de Tyrrell’s. Chaleureux, mais sans sucrosité; à peine 13 % d’alcool et une finale rassasiante aux accents de cerise et de fines herbes.

Produit depuis 1954, le Cabernet sauvignon 2012 (35,25 $) de Wynns est certainement le plus célèbre des cabernets de Coonawarra. Œuvre de Sue Hodder, une des œnologues les plus talentueuses et les plus respectées du pays, le 2012 ne titre pas plus de 13,5 % d’alcool, mais s’impose avec beaucoup d’autorité en bouche. Racé, élégant, tout en nuances. Chapeau !

Enfin, si l’argent n’est pas une contrainte, vous devez mettre la main sur l’une des dernières bouteilles du Grange 2009, offert dans les succursales Signature. Je n’ai pas eu l’occasion de déguster le 2009 (disponible en ce moment), mais pour avoir goûté le 2004 il y a quelques mois, je dirais qu’une seule gorgée suffit à comprendre pourquoi Grange s’inscrit dans l’élite mondiale. Un vin rare et exceptionnel que tout amateur devrait avoir dans sa cave. D’autant plus que depuis sa création en 1951, Grange se distingue par un parcours quasi sans faute. Hors de prix (752 $) et dans une classe à part.

Parenthèse libournaise

Rien à voir avec l’Australie, mais puisqu’on parle d’évolution, j’ai pensé que vous seriez heureux de savoir qu’on trouve en ce moment dans les succursales Signature de Québec et Montréal, cette mini-verticale des Songes de Magdelaine.

Propriété des Établissements Jean-Pierre Moueix (Trotanoy, Lafleur-Pétrus, Hosanna, etc.), le vignoble de Château Magdelaine a été annexé à celui de Bélair-Monange en 2012. Par conséquent, ces trois vins sont l’une des dernières occasions de pouvoir goûter le caractère singulier de ce beau terroir du plateau de Saint-Émilion.

Les Songes De MagdelaineVoilà pour la bonne excuse à saveur historique… Mais c’est qu’en plus, les vins sont impeccables! Tous représentatifs de leur millésime d’origine et de l’élégance proverbiale des vins de la famille Moueix.

Maintenant assez ouvert, Les Songes de Magdelaine 2008 (47 $) met de l’avant le classicisme des bons vins de Saint-Émilion, à défaut de la dimension des grandes années. Prêt à boire et jusqu’en 2017.

Plus nourri et représentatif de la générosité de son millésime, Les Songes de Magdelaine 2009 (68 $) plaira aux amateurs de vins plus enrobés. Bel usage du bois qui élève le vin, plutôt que de le dénaturer et finale persistante aux notes de fruits bien mûrs; la générosité en mode harmonieux.

Enfin, mon favori du lot, Les Songes de Magdelaine 2010 (68 $) résume à lui seul l’esprit Moueix. Trame tannique quasi sensuelle tant elle est suave et coule en bouche comme du velours liquide. Tout en nuances, en complexité, en profondeur. On achete les yeux fermés.

Santé!

Nadia Fournier

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