Canada, d’un océan à l’autre

Soif d’ici avec Nadia
par Nadia Fournier

Nadia Fournier - New - Cropped

Nadia Fournier

Cette année encore, plutôt que de vous amener ailleurs avec cette dernière chronique du mois de juin, j’ai plutôt envie de vus servir du local. D’abord à l’occasion de la St-Jean et de la fête du Canada, mais aussi parce que je rentre tout juste de Niagara, où les équipes de Chacun son vin et de Wine Align étaient réunies pour déguster plus de 1400 vins canadiens dans le cadre du National Wine Awards of Canada. 

Le constat de ces cinq jours de compétition ? Que de progrès!

Depuis la vallée d’Annapolis jusqu’à l’île de Vancouver, des vins rouges et blancs plus fins, souvent moins boisés, et la plupart empreints de cette fraîcheur qui caractérise les vins de régions septentrionales. Parmi les coups de cœur de la semaine, je retiens une poigne de savoureux gamays clairement inspirés des crus du nord du Beaujolais, d’excellents pinots noirs et cabernets francs; des syrahs et des malbecs charnus, parfumés et charpentés, de très bons vins rouges d’assemblage bordelais et plusieurs chardonnays de classe internationale.

Notons aussi d’immenses progrès quant aux rieslings, dont le style se précise un peu plus chaque année. Malheureusement, au moment d’écrire ces lignes, les rieslings canadiens brillaient par leur absence sur SAQ.com. Et les consommateurs devront faire preuve de patience puisqu’aucune commande (hormis celui de Mission Hill) n’était attendue avant l’automne. Je m’explique mal ce manque d’intérêt de la part des acheteurs de la SAQ pour ces très bons vins de gastronomie, la plupart vendus à des prix abordables. L’écho en succursales est pourtant très positif et les quelques conseillers en vins interrogés à ce sujet déploraient de ne pouvoir avoir accès à ces rieslings de plus en plus populaires auprès de la clientèle québécoise.

Mais tout n’est pas sombre. L’offre de vins canadiens à la SAQ mériterait certes d’être bonifiée et mise aux goûts du jour, mais on peut au moins se consoler avec les quelques classiques commentés ci-dessous, ainsi que quelques nouveautés arrivées sur les tablettes au cours des derniers mois.

À la vôtre!

Okanagan, du sud au nord 

Burrowing Owl Chardonnay 2011 Osoyoos Larose Petales D' Osoyoos 2011

Bien qu’encore officiellement abordée d’un seul bloc – au sens géographique du terme –, la vaste vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, comporte une foule de climats et microclimats. Rien d’étonnant puisque la région s’étend sur plus de 250 kilomètres du nord au sud et couvre plus de 4 000 hectares (deux fois la taille du Jura!).

Tout au sud de la vallée, juste au nord de la frontière avec l’État américain de Washington, le pourtour du lac Osoyoos est l’un des secteurs les plus chauds au pays. Quasi désertique par endroit, bénéficiant d’à peine 318 mm de pluie par année mais de plus de 2000 heures d’ensoleillement, la végétation s’y fait plutôt rare et ses vallons sablonneux sont peuplés des serpents à sonnettes et de scorpions.

Osoyoos-Larose est né d’un partenariat entre la canadienne Vincor et le Groupe Taillan (Gruaud-Larose, dans le Médoc). Le vignoble a depuis été racheté en totalité par le groupe Taillan, qui reste fidèle au style initial. Le Pétales d’Osoyoos 2011 offre, comme toujours, un bon rapport qualité-prix. À savourer au cours des cinq prochaines années, en attendant que le Grand vin 2010 du même domaine n’arrive à son apogée.

À peine plus au nord, dans la petite ville d’Oliver, Burrowing Owl a été nommée d’après un hibou local, menacé d’extinction. Sans rien révolutionner, leur Chardonnay 2011, disponible à la SAQ est un bon exemple du genre : assez gras et agréable à boire.

Quelques kilomètres plus haut sur la Black Sage Road, Black Hills Estate Winery élabore cette Syrah 2012, vendue en exclusivité dans les succursales Signature. L’un des meilleurs vins rouges de l’Okanagan goûtés lors du Vancouver International Wine Festival, en mars dernier. À boire sans se presser jusqu’en 2019.

Black Hills Estate Winery Syrah 2012Orofino Red BridgeQuails' Gate Pinot Noir 2013 Tantalus Riesling 2012

Dans la même veine que le Pétales d’Osoyoos, mais un peu plus charnu, le Merlot Red Bridge 2012 confirme le sérieux d’Orofino, un domaine situé dans la vallée de Similkameen, à l’ouest de l’Okanagan. On apprécie déjà la suavité de ce très bon vin rouge, mis en valeur par un usage judicieux du chêne, mais il a suffisamment de chair pour évoluer en beauté jusqu’en 2017.

Les vins de pinot noir produits en Colombie-Britannique ont généralement une allure un peu plus nourrie et moderne que ceux de l’est du pays et tendent à ressembler aux pinots de Monterey ou de Sonoma, en Californie. Les cuvées produites par la famille Stewart, dans le secteur de West Kelowna, au nord de la vallée de l’Okanagan, offrent en général une interprétation moderne et généreuse du cépage. Le Pinot noir Quails’ Gate 2013 (27,30 $) – commenté ICI par mes collègues – est disponible en bonne quantité dans l’ensemble du réseau.

La partie septentrionale de l’Okanagan est aussi la source de très bons vins de riesling, cépage qui donne ici d’excellents résultats. Celui de Tantalus (dont le retour est prévu à l’automne) mérite une mention spéciale!

Ontario, le leader canadien 

Même si l’écart se resserre peu à peu avec la Colombie-Britannique, le vignoble d’Ontario conserve son titre de meneur à l’échelle nationale, avec 6 900 hectares. Le secteur de Niagara génère toujours l’essentiel de la production provinciale, mais le comté de Prince Edward (PEC) poursuit son développement. Je ne peux encore vous révéler le nom des gagnants au Canadian Wine Award, mais je peux vous dire que parmi mes vins favoris de la semaine, se trouvaient quelques cuvées de pinot noir, chardonnay et cabernet franc du « County »…

Le climat de Niagara donne généralement des pinots noirs plus nourris et charnus qu’à PEC, sans égaler leur précision et leur délicatesse. L’exemple qui confirme la règle : Pinot Noir 2012 Lowrey Vineyard produit par Thomas Bachelder dans les secteur de St. David’s Bench. Une gorgée L’une des fiertés – avec raison – de Bachelder

Bachelder Lowrey Vineyard Pinot Noir 2012 Tawse Chardonnay 2012Tawse Gamay Noir 2013

En revanche, le cabernet franc et le chardonnay semblent avoir trouvé un terrain de jeu rêvé dans la péninsule. Parmi les bons exemples offerts à la SAQ, retenons les vins de Tawse, situé à Vineland, sur les rives du lac Ontario. Le talent de vinificateur Paul Pender (ainsi que celui du Québécois Pascal Marchand) se manifeste davantage dans les cuvées parcellaires du domaine – pinot noir et cabernet franc entre autres –, mais aussi dans le Chardonnay 2012 courant du domaine. Modeste, mais assez typé et tout à fait recommandable à 22,95 $. Autre belle addition au répertoire de la SAQ, le Gamay 2013 a toutes les qualités requises pour séduire les amateurs de vins du Beaujolais. Gourmand, charnu, plein de fruit et de vitalité.

Un peu plus nourri que celui de Tawse, le Chardonnay 2012 de Flat Rock Cellar me semble avoir gagné en vigueur et en tension depuis quelques années. Un bel exemple des bons chardonnays produits dans le secteur de Twenty Mile Bench. Également une bonne note pour le Pinot noir 2012; mûr, charnu, bien enrobé et prêt à boire dès maintenant.

Flat Rock Chardonnay 2012Flat Rock Cellars Pinot Noir 2012Hidden Bench Chardonnay 2011Hidden Bench Terroir Cache

Il faudra aussi surveiller de près l’arrivée en succursales du Tête de Cuvée 2011 de Hidden Bench, décorée d’une médaille d’or l’an dernier au NAWC 2014. Un chardonnay à prendre au sérieux, gras et vineux, mais surtout très racé et d’une longueur en bouche à faire pâlir certains vins blancs de la Côte de Beaune. Dans un tout autre registre, on voudra aussi goûter au Terroir Caché Meritage 2011. Droit, juste assez corsé et d’une facture quasi bordelaise. À boire sans se presser jusqu’en 2019.  

La belle province se raffine et se réinvente

Je sais que certains d’entre vous avez encore en tête de mauvaises expériences passées, mais sachez que toutes les régions viticoles connaissent des débuts hésitants. Cela dit, la qualité des vins québécois est beaucoup plus homogène depuis cinq ans. Pour vous réconcilier avec les vins d’ici, voici quelques suggestions pour vous inciter à mettre le Québec dans votre verre avec autant de plaisir et de fierté que dans votre assiette !

En 2006, la famille Robert a acquis un immense verger situé à Rougemont, à une cinquantaine de kilomètres à l’Est de Montréal. Développé dès 2007 sur les coteaux voisins du verger, le vignoble de Coteau Rougemont compte aujourd’hui près de 50 000 plants! Tous deux disponibles dans l’ensemble du réseau de la SAQ, les cuvées Versant blanc et Versant rosé feront votre bonheur à l’apéro. Un peu plus structuré et nourri par un élevage en fûts de chêne, le Saint-Pépin 2013 est à la fois gras, savoureux et empreint de fraîcheur.

Versant Blanc Coteau Rougemont 2013 Coteau Rougemont Le Versant Rosé 2014 Coteau Rougemont Saint Pépin 2013Benjamin Bridge Nova 7 2012

De l’autre côté de la vallée du St-Laurent, à Saint-Eustache, Isabelle Gonthier et Daniel Lalande veillent sur le Vignoble de la Rivière du Chêne depuis maintenant 15 ans. L’œnologue Laetitia Huet y élabore, entre autres, Le Rosé Gabrielle 2014. Coloré et riche en saveurs fruitées, mais sans cette sucrésité et ce caractère « bonbon » qui sévit depuis quelques années au rayon des vins rosés. Pour accompagner vos apéros en terrasses, vous voudrez aussi redécouvrir le William blanc 2014, composé de vandal-cliche, de vidal, de seyval et de frontenac blanc; original, très sec et agréable à boire.

La Nouvelle-Écosse, l’effervescence, toujours l’effervescence

Le climat hivernal doux et les étés frais de la Nouvelle-Écosse sont de très bonnes conditions pour la culture de raisins à forte teneur en acidité, nécessaires à l’élaboration de vins effervescents. Depuis 2008, le Québécois Jean-Benoît Deslauriers agit à titre d’oenologue chez Benjamin Bridge, vignoble agrobiologique développé en 2001 dans la vallée de la Gaspereau, non loin de la baie de Fundy.

Premier vin offert à la SAQ, le Nova 7, un effervescent, est issu d’acadie blanc 22 %, de muscat de new york, d’ortega et de vidal. Un vin doux certes, mais qui n’accuse aucune lourdeur malgré ses 60 grammes de sucre. Une vin doux original et fort sympathique à boire sur la terrasse par un bel après-midi d’été ou encore à la fin d’un repas, pour terminer la soirée en légèreté ! 

Santé et bonne Fête du Canada !

Nadia Fournier

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