Les bons achats de Marc – juin

On brasse la cage !
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Ça ne rate jamais : toutes les fois où je sors le sauternes pour accompagner le homard, les yeux roulent dans les orbites quand ce ne sont pas une ou deux mâchoires qui décrochent.

Mais qu’est-ce que c’est que cette idée, de servir du vin sucré sur un fruit de mer !

C’t’idée, c’est un pied de nez à toutes ces occasions où on aurait aimé siffler une bonne quille de liquoreux mais qu’on s’en est privé – parce que plus soif, plus le temps, trop de rouge avant, le volant à prendre après, et par ici les excuses et autres subterfuges.

Répétons-le :  l’accord entre le salé-iodé du homard et le sucré du sauternes fonctionne tout plein, les deux univers se complètent à merveille. (En l’occurrence, tant le homard que le vin demeurent aussi bons même après avoir pris une bouchée ou une gorgée de l’un ou de l’autre ; bref, l’union des deux en bouche ne crée pas de faux goût, et c’est au fond tout ce que l’on demande d’un bon accord.)

Je viens bien sûr d’en faire l’expérience, et tout le monde à table a été conquis, après avoir été ahuri.

Le bouquet, c’est que rarement le grand vin liquoreux du Bordelais semble-t-il aussi délicat et rafraîchissant qu’au côté de notre crustacé national. Pas de lourdeur, pas trop de sucre non plus, le tout passe comme une lettre à la poste.

...du vin sucré sur un fruit de mer !

Par contre, c’est vrai, on boit moins, les saveurs demeurant riches et généreuses de part et d’autre. Si bien qu’à six, on n’a éclusé que l’équivalent de deux 750 ml de sauternes. (Après avoir bu avant, je le dis en passant, par souci de transparence, un rosé et un superlatif sancerre, la Cuvée Edmond 2006 d’Alphonse Mellot.)

Je pourrais noircir encore l’écran avec d’autres arguments militant en faveur de cet accord à la fois inusité et on ne peut plus de saison. Mais comme je sais que vous avez la tête dure (excusez !), je vous laisse tirer ça au clair par vous-même.

Pour ma part, en tant que converti de longue date, je pense déjà à la prochaine fois où le rouge, encore une fois, n’aura pas droit de cité à table, cédant de nouveau le plancher à du blanc noblement pourri.

Et ce sera avec de la viande : du poulet rôti, on ne peut plus simplement. Pour l’avoir expérimenté là-bas, dans le Sauternais, ça marche big time ça aussi.

À boire, aubergiste !

J’ai beau insisté, et le couple homard-sauternes a beau faire partie de mes marottes, je conçois tout à fait qu’on veuille manger du homard mais franchement ! qu’il se calme l’animal, on veut boire autre chose avec…

Ça tombe bien : nous avions fait un match comparatif précisément sur l’accord avec le homard, dans l’ancien Cellier, avec Véronique Rivest (qu’on ne présente plus), Luc Rolland (expert-produit à la SAQ) et Raymond Chalifoux (professeur de sommellerie aujourd’hui réfugié quelque part en Beauce).

Résultat des courses : première place ex aequo pour un pinot gris alsacien (assez sucré), un sauternes et un mousseux italien – un franciacorta, pratiquement sec celui-là. 

Pas très loin derrière, et de très bons choix eux aussi, un meursault-genevrières bien boisé et un champagne rosé. Également recommandables, toujours selon notre test, un riesling autrichien, un gewurztraminer alsacien, un chablis premier cru et, dans une moindre mesure toutefois, un pessac-léognan blanc, au boisé qui faisait de l’ombre au goût du homard. 

Voici justement, parmi les bouteilles que j’ai goûtées récemment, des suggestions qui vont dans l’une ou l’autre de ces directions et qu’on retrouve présentement sur les tablettes de la SAQ :

Château Du Haut Pick 2010 Domaine Bouchard Père & Fils Meursault 2013 Pfaffenheim Black Tie Pinot Gris Riesling 2013

Château du Haut-Pick 2010 – Un sauternes de très bonne facture et vendu à prix raisonnable, comme le sont encore si souvent les liquoreux du Bordelais. Caractère bien botrytisé, cire d’abeille, fraîcheur, simplicité, pas trop sucré.

Meursault Bouchard Père 2013 – Un meursault vanillé, au boisé marqué, mais avec aussi une acidité relevée, qui rééquilibre le tout. De l’élégance par ailleurs, et une persistance notable.

Pfaffenheim Black Tie Pinot Gris-Riesling 2013 – Un nom affreux mais un très bon alsace blanc, à la fois sucré et vif, de très bonne tenue.

Kung Fu Girl Riesling 2014 Donnafugata Anthìlia Bianco 2014 Château De Maligny Chablis Premier Cru Montée De Tonnerre 2013 Raventós I Blanc l'Hereu Reserva Brut Cava 2012

Kung Fu Girl Riesling 2014 – Coudonc ! Ils se sont donné le mot ou quoi, pour sortir des noms rigolos ? Très pamplemousse celui-ci, tout de même typé riesling cela dit, léger côté sapinage, de la fraîcheur, il y a 17 g de sucre et c’est néanmoins tendu, acidulé. De l’État de Washington, et seulement 12 % d’alcool.

Donnafugata Anthilia Bianco 2014 – Caractère parfumé au nez pour cet assemblage sicilien de catarrato et d’ansonica. En bouche, les saveurs sont à la fois précises et nerveuses.

Château de Maligny Chablis 1er cru Montée de Tonnerre 2013 – Les Durup ont fait fort en 2013, avec cet excellent Montée de Tonnerre ! Fumé, minéral, vif, concentré, bourré de tonus et qui laisse la bouche fraîche.

Raventos I Blanc l’Hereu Reserva Brut Cava 2012 – Le mousseux qui devrait faire aussi bien que le franciacorta du match Cellier : au nez, des notes légèrement rancio, noisettées, effluves de tabac blond, également ; en bouche, l’effervescence est bien dosée, le caractère rancio ressort, le vin est pratiquement sec (5,9 g de résiduel).

Bon appétit !

Marc

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