Ce bon vieux Languedoc

Hors des sentiers battus22 mai 2015

par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Grosse commande, voilà quelques semaines, alors que j’étais à Montpellier, dans le sud de la France, dans le cadre d’une opération médiatique baptisée Terroirs et Millésimes.

Retrousser mes manches, j’ai dû – et voilà que je me mets à parler en jedi –, car les organisateurs avaient rassemblé pour l’occasion quelque 1200 échantillons qu’une centaine de chroniqueurs spécialisés du monde entier, dont bibi, étaient invités à déguster.

Tout ça en six jours top chrono. Et à raison, dès lors, de 200 vins par jour.

Je suis fait fort, c’est bien connu, mais au-delà de 150 vins, perso, je ne parle pas seulement jedi, je lévite aussi très très haut, ou très très bas, c’est selon.

Trêve de plaisanterie : personne ne nous forçait à tout goûter. Sauf que, à l’instar de l’amateur qui se présente dans un salon des vins et qui voit s’offrir à lui des tas de stands et des centaines de bouteilles, je me suis senti obligé, le premier matin, à mon arrivée dans la salle de dégustation du très joli château de Flaugergues, de concocter un plan de match.

À l’impossible nul n’étant tenu (on croirait encore entendre Yoda), j’allais me contenter de survoler ce Languedoc. Goûter chaque matin une quarantaine de vins en essayant de cerner les principaux attributs de telle et telle appellations.

Voici donc, en vrac, « bruts de cuve » pour ainsi dire, des commentaires consignés dans mon calepin tout au long de cette semaine fort bien organisée par le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc.

DU GÉNÉRAL…

Le Languedoc synonyme de vins charnus, puissants et concentrés : pas mal finie, cette époque-là. Grâce notamment à un pH plus bas (et donc, en gros, plus d’acidité), les vins rouges affichent un caractère plus serré, plus tendu, par ailleurs parfois à peine corsé.

Comme ailleurs en France et dans le monde, il y a souvent plus d’un style au sein d’une même appellation, certains vins sont par exemple plus riches et plus mûrs, d’autres plus droits, plus nerveux.

Le Rhône Nord demeure la référence avouée pour plusieurs vignerons du Languedoc, et au premier chef ceux qui misent sur la syrah dans leur assemblage. Nous-mêmes, en dégustant telle ou telle cuvée, on s’est passé ce type de réflexion : « On dirait un beau saint-joseph, tu ne trouves pas ? »

Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une réunion de professionnels du vin que tous les crachats, appelons ça comme ça, sont gracieux et impeccables. Que tous les amateurs se désolant de ne savoir que dégouliner au-dessus d’un crachoir se consolent ! En revanche, quand on y va fort sur le piston et qu’on propulse un jet direct et puissant, gare aux éclaboussures sur l’ordi du gars à côté, qui s’entête à prendre ses notes au beau milieu du champ de bataille…

Languedoc

… AU PARTICULIER

En rafale, par appellation ou désignation spécifique, des observations générales, après avoir goûté à chaque fois une vingtaine d’échantillons :

Languedoc Pic Saint-Loup : des rouges plus viandés, plus charnus et où la syrah est bien évidente (notes de réduction, souvent), tout en demeurant assez minéraux.

Languedoc La Clape : un caractère plus mentholé et plus épicé.

Languedoc Montpeyroux : un côté agrumes souvent manifeste, accompagné de quelques notes végétales pas déplaisantes.

Languedoc Grès de Montpellier :  des rouges minéraux, à la texture bien serrée.

Terrasses du Larzac : peut-être les plus beaux rouges de la région, à la fois riches et frais, très digestes, marqués par la minéralité et aux accents souvent réglissés.

Picpoul de Pinet : deux grands styles, l’un plus tendu, plus nerveux ; l’autre plus tropical et avec une odeur de cire d’abeille, lourdaud par moment.

Coteaux-du-Languedoc blanc : la pêche, la poire, vin assez riche, plus que les picpouls chose certaine, moins vif.

Coteaux-du-Languedoc rosé : généreux, assez sec, bonne acidité, de la texture, une certaine mâche.

Cabardès : appellation assise entre deux chaises, caractère végétal du cabernet sauvignon souvent dérangeant ; rapport qualité-prix, cela dit, pouvant être très honnête.

Minervois rouge : des rouges assez épais, au boisé apparent, moins tendus et moins minéraux que la plupart des autres rouges de la région.

Minervois La Livinière :  similaires aux précédents avec toutefois un léger surcroît d’acidité.

Saint-Chinian : relative déception lors de cette semaine de dégustation, plutôt capiteux, parfois astringents, fruité en retrait. Parmi les exceptions, le domaine Borie La Vitarèle, hélas pas vendu à la SAQ.

Saint-Chinian Roquebrun : Je n’ai goûté que les vins de la cave coopérative locale (bien présente au Québec), typés syrah, charnus et toniques, bien soutenus par l’acidité.

Blanquette de Limoux : fraîcheur, caractère parfois légèrement rancio, peu de sucres résiduels. Seul problème, le nom, blanquette, qui fait, disons, moyennement classe – aux oreilles de Québécois, du moins. Un souhait : que les superbes cuvées du domaine Taudou, en blanquette et en crémant notamment, fassent bientôt leur apparition sur notre marché.

Clairette du Languedoc : des blancs originaux (à base du cépage clairette), plutôt rustiques et pas vraiment sur le fruit, comme on dit, mais généreux, légèrement terreux ainsi qu’assez serrés.

Fitou : des rouges décevants (millésimes 2012 et 2013 goûtés), maigrichons, astringents, amers souvent. À revisiter.

Corbières : de la matière, pas trop extraits, avec une bonne fraîcheur. Le Blondus Ricardus 2012 du comédien Pierre Richard est convaincant, frais et digeste, élancé comme lui ! Vivement que notre monopole en importe.

Des moules cuites sur le barbecue

Des moules cuites sur le barbecue (!) au Mas d’Encoste, domaine qui appartient à Frédéric JeanJean, président sortant du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc.

UN NOM PORTEUR

Malgré les nouvelles appellations d’origine protégée à part entière – Terrasses du Larzac, Picpoul de Pinet, La Clape bientôt et Pic Saint-Loup éventuellement –, la notoriété des vins du cru, comme le signalait récemment le quotidien Midi Libre, est encore beaucoup plus portée par le nom de la région que par ceux de ses appellations. Et cela vaut sauf erreur aussi au Québec – le Languedoc demeurant, malgré une hausse de prix, synonyme de bon rapport qualité-prix, les vins étant dans l’ensemble à la fois généreux et rafraîchissants.

~

À boire, aubergiste !

Que du Languedoc, pour faire bonne mesure.

Domaine Clavel Les Garrigues Coteaux-du-Languedoc 2014 : assemblage de syrah, carignan et grenache un peu austère dès l’abord, mais qui gagne rapidement à l’aération.

Gérard Bertrand Côte des Roses Languedoc rosé 2014 : rosé étonnamment délicat, tant au nez qu’en bouche, et qui pour cette raison rappelle un bon rosé de Provence. Épicé et fruité, par ailleurs.

Les Garrigues 2012 Gérard Bertrand Côte Des Roses Rosé 2014 Château Cazal Viel Vieilles Vignes 2013 Château Cazal Viel L'antenne 2011

Château Cazal-Viel Saint-Chinian Vieilles Vignes 2013 : rien de compliqué, tout en fruit, saveurs mi-corsées, et prix très ok.

Château Cazal-Viel L’Antenne Saint-Chinian 2011 : du même producteur, une convaincante syrah puissante et épicée, bien boisée également.

Col de l’Orb saint-chinian rosé 2014 : Fruité bonbon assez marqué, bouche à l’avenant, assez corsée, généreuse.

Domaine de la Grange des Pères vin de pays de l’Hérault 2011 : un grand vin et l’un des porte-étendards du Languedoc. Cher, ça n’a pas de bon sens, mais qu’est-ce que c’est bon ! Incroyable, par ailleurs, que le vin contienne 4,5 g de sucre résiduel, comme l’indique saq.com.

Cave De Roquebrun Col De L'orb Rosé 2014 Domaine De La Grange Des Pères 2011 Domaine Anne Gros Et Jean Paul Tollot Minervois La Ciaude 2012 Domaine La Prade Mari Conte Des Garrigues 2010

Domaine Anne Gros et Jean-Paul Tollot Minervois La Ciaude 2012 : ce couple de vignerons bourguignons réussit très bien en Minervois, témoin ce rouge serré et concentré, au potentiel évident.

Domaine La Prade Mari Conte des Garrigues Minervois 2010 : très bon minervois là aussi, qui fait mentir l’impression que m’ont fait les vins du secteur goûtés à Montpellier. Corsé et concentré, tout en générosité et avec de la fraîcheur.

Bonne dégustation !

Marc

P.-S. Je suis disparu des écrans radars pour quelques jours, jusqu’à lundi soir tard, la faute au doré, à la grise et à la mouchetée…

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