Les bons achats de Marc – mai

Commotion cérébrale
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Le plan initial, pour cette première chronique de mai, était de vous parler du Languedoc. J’en arrive, c’est pour ça. Sauf que les corbières, minervois, limoux et autres terrasses-du-larzac devront attendre… J’ai vécu une sorte d’expérience du troisième type, samedi soir dernier, et je dois absolument vous en parler.

Que je mette d’abord en contexte : il faisait très beau, à croire qu’on s’est plaint pour rien d’avoir eu un hiver de merde, et nos beaux gros rib steaks marinaient depuis plusieurs heures au frigo, en attente d’être saisis sur mon barbecue Coleman classé poche par Protégez-Vous mais qui fonctionne à merveille.

On avait décidé de la jouer facile, côté vins : bordeaux.

Après avoir jonglé avec diverses possibilités, on a finalement opté pour Les Ormes de Pez 2010 et Léoville Las-Cases 2001.

La règle étant que le vin que l’on boit ne doit jamais faire regretter celui qui précédait, et Léoville Las-Cases étant quasiment un premier grand cru classé, il coulait de source qu’on allait d’abord écluser le « modeste » saint-estèphe qu’est le Ormes de Pez, avant de s’abîmer dans le superlatif saint-julien.

Mais il faut toujours douter, le diable est partout.

Alors on a testé les bouteilles au préalable, rapidement, juste pour confirmer l’ordre de service. Résultat : le Léoville était étonnamment délicat, tout en finesse, bien fondu ; alors que l’autre, avant de bénéficier d’un peu d’aération, était comme l’éléphant dans un magasin de porcelaine : costaud, baraqué, bien fruité et bien concentré mais au boisé marqué, qui demande à être digéré (au cours des quatre ou cinq prochaines années).

Donc Léoville en premier, contre toute attente.

Une commotion, ça ?

Le problème, c’est que le saint-estèphe n’a pas eu l’air fou du tout, même après avoir suivi un vin qui compte parmi les meilleurs au monde.

Le problème, c’est aussi et peut-être surtout que l’un vaut quelques centaines de dollars, et l’autre une petite cinquantaine.

Si bien que j’ai eu une absence pendant qu’on farfouillait dans nos steaks. Une sorte de commotion cérébrale, ou de voyage astral, je ne sais plus trop. Chose certaine, je voyais les lèvres des autres convives remuer sans les entendre.

« C’est pas un peu débile, non, d’acheter, de stocker et de se complaire comme ça avec ces bouteilles hors de prix… », me suis-je affolé dans mon for intérieur tout en souriant niaiseusement, pour donner le change, je ne voulais pas casser le party.

Autrement dit, Léoville a beau coûter quatre, cinq voire six ou sept fois plus cher, il n’est évidemment pas quatre, cinq ou sept fois meilleur. Peut-être deux fois meilleur, et encore.

Je ne l’ai dit à personne, ce soir-là, mais je m’en ouvre ici aujourd’hui : peut-être qu’à l’avenir, je devrais systématiquement bouder tous les vins vendus plus de 100 $. Ça semblera déjà un seuil très élevé pour une majorité de personnes, je le sais. Mais dans le milieu, les maniaques font bien pire et vont parfois jusqu’à vendre leur mère ou leur âme pour faire main basse sur tel ou tel cru d’exception.

L’idée serait de cesser, bref, de participer à ce qui s’apparente, par bout, à une vaste mascarade. Et pas qu’à Bordeaux : en Bourgogne aussi, en Italie, en Californie, même en Australie.

Je ne crache pas pour autant dans la soupe, que mes collègues, confrères et consoeurs chroniqueurs et sommeliers se rassurent.

Je ne fais que souffler sur le dessus, pour la refroidir un peu. 

Le meilleur pour la fin 

Klein Constantia Vin De ConstanceToujours samedi, après mon bref instant de découragement (qui devrait tout de même me permettre d’économiser un paquet d’argent), le naturel a vite repris dessus. La viande avait été liquidée, la portion sucrée du repas approchait.

Joyeux de nouveau, le coeur léger, j’ai commencé par contempler la demie d’Yquem 1998 qui me reste avant de jeter mon dévolu sur un vin de dessert vendu bien moins cher : le Vin de Constance 1998, d’Afrique du Sud.

Wow, wow et re-wow ! J’avais payé ça 50 $ à l’époque (pour une bouteille de 500 ml), au tournant des années 2000. Et ce muscat surmûri a vieilli admirablement : envoûtantes odeurs et saveurs d’abricot sur fond de caramel et d’épices. Pas trop de sucre par ailleurs, et un taux d’alcool tournant autour de 14 %. Superbement rafraîchissant !

On trouve du 2009, du 2008 et parfois aussi du 2007 présentement, à la SAQ ; en mettre de côté et regoûter dans une dizaine d’années devrait procurer, là aussi, peu importe le millésime, un sacré beau feu d’artifice.

À boire, aubergiste !

Depuis hier en prévente sur saq.com puis en succursale à compter de jeudi prochain, le 14 mai, une série de vins sont mis en vente à la SAQ dans le cadre du nouvel arrivage Cellier, dont plusieurs rosés. Voici une sélection parmi ceux que j’ai eu la chance de goûter.

Domaine des Vins de Vienne Reméage 2014– Un rosé du Rhône assez corsé, assez ample et exubérant.

Domaine Gavoty Cuvée Clarendon 2013– Rosé de Provence relativement corsé, épicé, bien nerveux. Prix un peu élevé mais la qualité y est.

Domaine de la Mordorée La Dame Rousse 2014– Un rosé du Rhône avec du coffre (14 %), charnu et gourmand.

Les Béatines Coteaux d’Aix en Provence 2014– Bon rosé de Provence discret tant sur le plan visuel, aromatique que gustatif. Le tout a de l’ampleur, quand même, et la persistance est notable. 

Domaine Des Vins De Vienne Reméage Rosé De Syrah 2014 Domaine Gavoty Cuvée Clarendon 2013 Domaine De La Mordorée La Dame Rousse Rosé 2014 Les Béatines Rosé 2014

Un rouge, à présent. Le Imperial Gran Reserva Rioja 2007: beaucoup de bois au nez (c’est un rioja), mais masse fruitée tout juste derrière, finesse évidente par ailleurs. Caractère boisé-vanillé bien fondu en bouche (le vin a presque huit ans), des notes épicées, corps moyen, élégance certaine. N’est pas sans rappeler certains très bons bordeaux.

Et un blanc grec : le Domaine Tetramythos Roditis 2013. Rien à voir avec les Roditis (aussi le nom du cépage) auxquels on se frottait jadis ! Caractère épicé, peu corsé, suave assez et d’une bonne persistance. À 16,45 $, avec le poisson grillé ou les fruits de mer, on ne cherche plus.

Imperial Gran Reserva Rioja 2007 Domaine Tetramythos Roditis 2013 Terra Del Noce Trinchero Barbera D'asti 2008 Henry Marionnet Première Vendange 2013

Pour finir, deux bons vins « nature », déjà dans le réseau ceux-là.

Trinchero Terra del Noce Barbera d’Asti 2008 – Plus d’alcool que bien des vins « nature » (14 %) et par conséquent un surcroît de puissance et de chair en bouche. Légère acidité volatile, belle texture assez serrée, acidité notable. Beaucoup de tonus !

Henry Marionnet Première Vendange 2013– Assez aromatique, note végétale. Saveurs mi-corsées, beaucoup de fruit en bouche, de la tension, un peu de tannins aussi, ou du moins une certaine astringence, de bon aloi par ailleurs. Avec du poulet grillé, des sandwichs, pizza maison, etc. 

Bonne dégustation !

Marc

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