La guéguerre entre la bière et le vin

Hors des sentiers battus
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

Dans le coin gauche, les amateurs de bière. Dans le droit, les mordus de vin. Malgré des rapprochements évidents ces dernières années, le fossé demeure. Les uns sont jaloux, tandis que les autres sont déjà pas mal snobs, par bouts…

Je discute de ça aujourd’hui après avoir entendu la semaine dernière un reportage à l’émission Bien dans son assiette, à Radio-Canada. On y parlait d’un dépanneur, à l’Ange-Gardien, en Montérégie, qui a deux celliers où ils font vieillir toutes sortes de bières.

Jamais, à mes débuts comme chroniqueur, on n’aurait imaginé que les bières puissent se bonifier à plus ou moins long terme, comme du vin — sauf exception et notamment les « grands crus » des trappistes belges de Chimay.

J’étais au Voir à l’époque. Ma chronique hebdomadaire s’appelait « Bières et vins ». J’y parlais surtout de ces derniers, mais quand même, une fois sur cinq environ, je consacrais mon papier à la bière et notamment à nos microbrasseries alors naissantes. (Salut, Peter McAuslan et Jérome Denys !)

Je n’étais pas un expert ès houblon, et je n’en suis toujours pas un. Mais j’aimais et j’aime encore beaucoup.

La seule chose qui me désolait et me désole toujours, c’est de voir que bien des amateurs de bière, des passionnés j’entends, souffrent encore d’un complexe d’infériorité par rapport au vin.

Beer vs wine

Et à l’inverse, beaucoup d’accros au vin font preuve de condescendance face à la bière, qu’ils n’estiment bonne que si elle désaltère et si elle n’est pas trop goûteuse… Genre dans l’escalier, l’été, après un déménagement et avec de la pizza.

Et pourtant.

Sur le plan aromatique et gustatif, le monde de la bière est plus complexe que celui du vin. Étant donné qu’elle est souvent additionnée de divers ingrédients parfois insolites, elle livre en effet un vaste éventail d’odeurs et de goûts, dont on n’arrive d’autant pas à faire le tour qu’il sort de nouvelles cuvées à une vitesse incroyable — quasi chaque semaine, juste ici au Québec.

Tandis que le vin doit pour beaucoup son attrait et son aura à sa complexité davantage d’ordre géophysique – le climat, le sol, la topographie, le drainage, etc. Il séduit, aussi, parce que certaines bouteilles, ouvertes après 20, 30 voire 50 ans, peuvent être encore d’une insolente jeunesse.

Recracher ou ne pas recracher

Autre grande différence entre les deux mondes, les moeurs, les us et coutumes…

Ainsi, exemple, j’ai organisé jusqu’ici, notamment pour le magazine Protégez-Vous, quantité de bancs d’essai sur le vin et aussi plusieurs sur la bière.

Pour ces derniers, nous avons réuni des sommités du milieu brassicole qui ont évalué les divers produits de manière on ne peut plus professionnelle.

À cette nuance près : nos amis « bièrologues » (sic) ne recrachent pas, même s’ils ont à goûter jusqu’à une trentaine de bières en moins de deux heures. Nous avions pourtant scrupuleusement mis un crachoir à la disposition de chaque dégustateur.

Certes, les taux d’alcool sont moins élevés que dans le vin, mais quand même, les 6 % et 7 % sont de moins en moins rares, surtout avec les IPA et les Double voire Triple IPA avec des IBU d’enfer.

Mais au fond, en dedans de moi, je savais dès le départ qu’ils n’allaient pas cracher…

C’est culturel.

Beer

Ça ne cadre pas, pour eux, avec le caractère convivial de la bière. Ça fait aussi moins prétentieux — cela, ils ne le disent pas, c’est moi qui l’infère. Mais un des juges, une fois, s’en est ouvert à moi après coup, la dégustation terminée.  Il avait goûté à ma médecine, pour ainsi dire, et l’exercice s’était de fait déroulé de manière très rigoureuse, très clinique.

« Bizarre de goûter comme ça, dans le silence le plus total », lâche-t-il après que je lui eus demandé comment il avait aimé l’expérience. « Je croyais que le monde du vin était plus jojo que ça… Dieu que vous êtes sérieux ! »

Hmm… bibi est peut-être pudique à ses heures, certes, mais je connais dans le milieu une flopée de très très joyeux lurons. Et non, ça me tente, mais je ne donnerai pas de noms.

Par ailleurs, tout différents se disent-ils des amateurs de vin, les mordus de bière poussent très fort pour faire valoir les accords à table, tenant mordicus à montrer que les bières sont à cet égard aussi bonnes, aussi « performantes », que les vins. Alors que le sujet, soit dit entre nous, a tendance à se ringardiser.

Enfin, consolation, s’il est un domaine où houblon, malt, levure et cie dament royalement le pion au vin, c’est bien en matière de production nationale, les meilleures broues produites ici au Québec étant de classe mondiale. Alors que nos vins, sauf ceux de glace, n’y sont pas encore, dans l’ensemble.

Résultat des courses : on peut parler d’un match nul, entre la bière et le vin. Que tout le monde dépose les armes et s’embrasse.

Nous sommes tous frères.

~

À boire, aubergiste !

Une fois n’est pas coutume, et puisque nous nous intéressons essentiellement sur Chacun son Vin aux produits vendus à la SAQ, voici ma playlist de bières à découvrir ou redécouvrir, parmi celles qu’on trouve assez régulièrement dans les magasins du monopole.

Notez que je n’ai pas encore commenté sur notre site la grande majorité des bières suggérées, sauf la Cuvée des Trolls.

De Belgique

* Silly Scotch Ale

* Duvel

* Orval

* Chimay toutes couleurs et tous formats

* La Duchesse de Bourgogne (sucrée un peu mais quand même)

* La Cuvée des Trolls Brasserie Dubuisson

* Rochefort Trappistes 10 et Trappistes 8

* Mort Subite Kriek Cerise et Framboise (même si faciles et doucereuses)

D’Angleterre

* Young’s Double Chocolate Stout

* Samuel Smith Nut Brown Ale

* Fuller’s London Pride Ale

D’ailleurs

* L’Alchimiste Pale Ale (Joliette)

* Simple Malt Cascade Pale Ale américaine (Montréal)

* Rauchbier Marzen (Allemagne, goût fumé prononcé)

* Samichlaus (Autriche, bière à 14 % d’alcool, presque du vin, pour la curiosité.)

Santé !

Et n’oubliez pas d’avaler.

Marc

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