Les bons achats de Marc

Ne suivez pas tout à fait le Guide…
par Marc Chapleau

Marc Chapleau sm

Marc Chapleau

Comment allez-vous ? Les Fêtes n’ont pas été trop dures, jusqu’ici ? Moi non plus, je vous remercie. En tout cas, j’ai les idées claires car je me souviens très bien que je devais vous parler de mon 1er grand cru classé de Bordeaux, mon Château Margaux, que j’ai ouvert il y a quelques jours.

J’ai été sage, remarquez. Moi qui clamais le contraire avant Noël — « Au diable la dépense, et peu importe si le vin est prêt à boire ou non, ouvrez ce qui vous fait envie, on n’a après tout qu’une vie à vivre, la fin du monde est à cette heure » et patati et patata —, j’ai été d’une étonnante prudence.

J’ai donc entre autres débouché ce Château Margaux 2004 que je ne redoutais pas trop jeune puisque selon le Guide Hachette 2015, cette étoile du Bordelais, dans ce millésime, est aujourd’hui juste à point. Par contre, le Pavillon rouge 2004, second vin du prestigieux domaine, une cuvée en principe moins concentrée et moins racée, en théorie donc plus rapide à se faire, ne serait pas encore prêt, selon la même publication française. Hmm… il y a là discordance, voire faute de goût.

Quoi qu’il en soit, le grand vin n’était pas prêt. Hachette avait tout faux, et qu’est-ce qu’on s’en balançait ! Je blague, c’est certain qu’après l’avoir ouvert, humé et goûté, un doute m’a traversé l’esprit : l’animal aurait vraiment pu attendre, bien fait pour moi.

Sauf que personne ce soir-là n’a eu à bouder son plaisir, en fin de compte. Sans jeter quiconque par terre — les très grands vins sont souvent axés sur la finesse, rarement puissants et exubérants —, le grand cru classé de Margaux, même dans ce millésime pas si glorieux, était très racé.

Chateau Margaux

Nous n’avons eu qu’à l’écluser lentement — ce qu’on est porté à faire de toute façon, avec ces bouteilles d’exception — et à le boire dans de très grands verres genre pot à fleurs dont je ne suis d’ordinaire pas si friand, pour qu’il s’ouvre et se révèle dans toute sa majesté.

Seul regret : nous étions cinq à table et c’était un 750 ml, pas un magnum. Mais, écoutez, je ne suis encore ni médecin ni avocat, alors pour les gros formats de vin de ce calibre, il faudra que j’attende dans une autre vie…

Est-ce qu’on l’a goûté à l’aveugle, que j’entends d’ici me demander mon bon ami et confrère Nick Hamilton ?

Bien non, voyons ! De grandes bouteilles comme cela, il faut les approcher en connaissance de cause, il faut se laisser charmer à l’avance et accepter de mettre (du moins en partie) son sens critique de côté…

Mais bon, ça, déguster à l’aveugle – ou « à l’anonyme » comme dit le sommelier Jacques Orhon –, c’est vraiment une autre histoire, sur laquelle on reviendra.

À boire, aubergiste !

À boire, à boire… on se calme. Des plans pour qu’Éduc’alcool rapplique et nous fasse la morale.

Quand même. Faut bien vivre. Et boire du vin, de la bière, et divers autres alcools.

Surtout que les Fêtes ne sont pas finies : il reste le Jour de l’An, les Rois, l’Épiphanie, Joliette même, si en partant de Montréal on pousse un peu plus loin — excusez, elle était facile celle-là.

Voici donc, en présumant que vous êtes un peu cassés, des suggestions de bons vins à moins de 20 $, dans toutes les couleurs et de tous les styles.

Offley Late Bottled Vintage Port 2008

Domaine Cauhapé Chant Des Vignes Dry Jurancon 2013

Gonzalez-Byass Solera 1847 Oloroso DulceGonzalez Byass Solera 1847 Oloroso Dulce – Un xérès doux, sucré c’est dire, au nez très particulier, qui sent bon le caramel, l’herbe, avec des notes de cerise, également. Délicieux en bouche, pas trop sucré et avec de la vivacité.

Domaine Cauhapé Jurançon Chant des Vignes 2013 – Un blanc qui sauvignonne au nez, et à cette odeur herbacée se greffent d’attrayantes notes de fruit exotique du cépage manseng (prononcer man-sein), qui rappellent celles du muscat. Bouche à l’avenant. Excellent ! Et prix très raisonnable.

Offley Late Bottled Vintage 2008   – Un savoureux porto de type LBV, tout en élégance comme le veut le style de la maison. Masse de fruit – la framboise noire, surtout – et composante alcoolique bien intégrée.

Domaine de Gournier Cuvée Prestige 2013  – Élaboré dans les environs de Nîmes, ce très bon rouge rubis foncé est doté d’un fruité intense et mûr, et de saveurs concentrées.

Domaine La Montagnette Côtes-du-Rhône-Villages 2013  – « Aromatique et charnu », annonce la pastille de goût du monopole. Or ce n’est pas le cas du tout, le vin, au demeurant très convaincant, est peu aromatique et étonnamment délicat, épicé et tout plein de fraîcheur malgré ses 14,5 % d’alcool.

Domaine De Gournier Cuvée Prestige 2013 Domaine La Montagnette 2013 Domaine De La Charmoise Gamay 2013 Torres Gran Sangre De Toro Reserva 2010 Casa Ferreirinha Vinha Grande 2010

Domaine de la Charmoise Gamay 2013  – On pourrait se méprendre avec un cru du Beaujolais, tant il y a de la minéralité dans ce Gamay. À servir sans hésiter sur les charcuteries, la pizza, ou encore les viandes blanches grillées.

Torres Gran Sangre de Toro Reserva 2010  – Un assemblage catalan à base de grenache, avec du carignan et de la syrah. De la profondeur sur le plan aromatique, et des saveurs corsées et enveloppées, avec une tonifiante acidité. Une autre réussite signée Torres.

Casa Ferreirinha Vinha Grande 2010  – À bon prix – moins de 20 $ -, un rouge du Portugal aux allures bourguignonnes, bien porté par l’acidité, avec en prime une certaine élégance.

Nederburg Manor House Cabernet Sauvignon 2011

Velenosi Verdicchio Dei Castelli Di Jesi 2013

La Face Cachée de la Pomme Bulle de NeigeLa Face Cachée De La Pomme Bulle De Neige  – Un cidre demi-sec, dosé au cidre de glace. On s’attend à une boisson plutôt sucrée, peut-être même un peu lourde, or ce n’est pas le cas. Chapeau !

Velenosi Verdicchio dei Castelli di Jesi 2013  – Un très bon blanc italien à base de verdicchio, à la fois généreux et rafraîchissant.

Nederburg Manor House Cabernet Sauvignon 2011 – D’Afrique du Sud nous est parvenu ce très bon rouge, bien boisé, qui sent le chocolat, mais sans excès. Surtout que la fraîcheur est au rendez-vous en bouche, sur fond de saveurs mi-corsées et bien soutenues par l’acidité. À 17 $, une bonne affaire.

Santé !

Marc

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