Au diable la dépense

Hors des sentiers battus
par Marc Chapleau

Marc Chapleau

Marc Chapleau

On est le 19 décembre — peut-être le 20 voire le 21, si vous avez choisi de lire ce texte avec un peu de retard.

Pas grave. L’important, c’est que nous sommes vous et moi, au moment où l’on se parle, en plein temps des Fêtes. Or difficile d’y couper : Noël, le Jour de l’an et tout le tralala, ça rime avec cadeau. Ce qui n’empêche pas de penser d’abord à soi…

En ce sens bien précis : que vais-je donc pouvoir m’offrir et ouvrir comme gros canons, durant les nombreux bons gueuletons qu’on va se faire au cours des deux prochaines semaines ?

Car la vraie féérie, le moment magique entre tous, c’est quand on passe en revue le contenu de sa cave personnelle à la recherche des perles rares qu’il s’agira, les soirs venus, de profaner…

Dans mon cas, cela signifiait, jusqu’à voilà quelques années, sortir ma liste de cave méthodiquement consignée sur papier. Je la faisais à l’ordi, pas à la mitaine, ne vous moquez pas. D’ailleurs, je suis à ce point à jour et de mon temps que j’ai même passé par-dessus l’étape de Cellar Tracker et autres logiciels de gestion de cave : j’achète, je stocke et je n’enregistre strictement plus rien, par écrit ou électroniquement.

Je dois donc descendre à la cave pour savoir ce que j’ai encore de disponible et qui pourrait être bon à boire.

Photo Le Hobbit : la Désolation de Smaug

C’est un petit réduit, sous un escalier, sans climatisation assistée, ni système antivibrations, ni soupirail pour la ventilation. (Bref tout ce qu’il ne faut pas faire pour bien conserver ses vins, à en croire les pseudo-conseils prodigués un peu partout dans la sphère viticole.)

Une fois à l’intérieur, j’allume, je tasse un peu l’humidificateur –ma seule concession à la technologie et à l’orthodoxie, et encore, l’hiver seulement –, et je m’accroupis.

Puis là, je contemple mon or. Comme Séraphin, comme Scrooge, comme Gollum.

« Mes petits trésors adorés ! Mes précieux ! »

Chaque bouteille contient en effet bien plus que du vin. À travers chacune, alors que je suis là le cul par terre dans les profondeurs de mon sous-sol, j’entrevois l’occasion, j’anticipe le moment et, surtout, le goût que le liquide devrait avoir, les odeurs qu’il devrait exhaler, la qualité de son étoffe, de sa texture.

Ça va même plus loin encore, car j’anticipe également les réactions des amis, de ma blonde, de mes fils, des autres convives avec qui la ou les précieuses seront partagées.

Disons le tout net : plus que jamais, à Noël, bon vin rime avec partage. Je sais, c’est cucul comme énoncé. Mais hé ! c’est vraiment comme ça.

De toute manière, voici une exhortation qui sonnera moins cliché : ouvrez ces jours-ci ce qu’il vous plaira, peu importe que le vin que vous ayez en tête soit prêt à boire ou non, et peu importe si vous vous apprêtez à commettre, comme on dit, un infanticide…

En cette fin d’année, il n’y a pas de logique qui tienne. Il faut se faire plaisir et s’éclater — on aura ensuite tout 2015 pour le regretter, anyway.

À boire, aubergiste !

Parmi les canons que, perso, je prévois ouvrir prochainement, Château Margaux 2004. Je vous en parlerai dans mon texte qui sera publié le 2 janvier, lendemain de veille — pardon ! — lendemain du Jour de l’an.

En attendant, pour ceux et celles qui n’ont pas de réserve personnelle ou qui trouve que j’exagère et que je me goure et qui, donc, préfèrent acheter des vins plutôt que gaspiller les leurs, voici quelques belles bouteilles disponibles à la SAQ et au très bon rapport qualité-prix — ce qui ne veut bien sûr pas dire que certaines ne sont pas un peu dispendieuses.

Champagne Jacquart Brut Mosaïque – À 45 $, l’un des meilleurs achats à faire en champagne. Un vin ample et élégant, qui se laisse dangereusement boire tout seul.

Allegrini Amarone 2009 – Un rouge de Vénétie puissant et chaleureux, qui ponctuera admirablement les fins de repas.

Frescobaldi Brunello di Montalcino Castelgiocondo 2009  – De Toscane, un rouge fin et savoureux, qui vaut chacun des 51 $ qu’on en demande.

Jacquart Mosaïque Brut ChampagneAllegrini Amarone Della Valpolicella Classico 2009Frescobaldi Castelgiocondo 2009Aurelio Settimo Barolo 2006Le Serre Nuove dell'Ornellaia 2012

Aurelio Settimo Barolo 2006 – La couleur est pâle et orangée, mais le vin, même si seulement mi-corsé, déborde d’autorité. Un barolo tout à fait à point !

Le Serre Nuove 2012 dell’Ornellaia – Miam! Un rouge toscan aux accents bordelais (mêmes cépages que dans cette région française), serré et concentré.

Château Pesquié Artémia 2010  – L’appellation Ventoux ne court pas les rues, si bien qu’on pourrait hésiter avant de débourser 40 quelques dollars pour ce vin. Erreur ! Costaud et corsé, ce rouge du Rhône aura tôt fait d’emporter l’adhésion de tous, à table.

Domaine de Beaurenard Châteaneuf-du-Pape 2010 – Quel beau vin ! Quelles bonnes odeurs de mûre et de réglisse ! Du corps par ailleurs, et tout plein de fraîcheur.

Château Pesquié Artemia 2010Domaine De Beaurenard Châteauneuf du Pape 2010Joseph Mellot La Chatellenie Sancerre 2013M. Chapoutier Chante Alouette Hermitage Blanc 2012

Joseph Mellot Sancerre La Chatellenie 2013  – On dirait que ce sancerre a vu le bois (séjour en barrique), mais c’est plutôt son terroir de silex qui lui donne ce bon goût fumé. Un très bon blanc de la Loire vif et persistant.

Chapoutier Chante-Alouette Hermitage Blanc 2012  – Le prix est corsé (77 $) mais la qualité est exemplaire. Un blanc du Rhône Nord riche et puissant, à l’acidité par ailleurs bien présente. Un bon candidat pour les viandes blanches, ainsi que pour le cellier (horizon 2018-2020).

Voilà, vous avez là amplement de quoi vous amuser.

Joyeuses fêtes, groupe !

Marc

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Photo “Le Hobbit : la Désolation de Smaug”


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